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Le bulletin d'information de la Direction Diocésaine
Thierry Aillet

Thierry Aillet

Directeur Diocésain

SAINTES FÊTES DE PÂQUES !

Quels sont ces traits, Seigneur, que Tu dessinais sur le sable tandis que la foule hésitait ? La foule pressée de passer du jugement à la peine, de faire de la coupable une victime ; victime expiatoire, destinée à effacer, par sa mort, les fautes de ceux qui l’avaient condamnée…

Que dessines-Tu pendant que nous déguisons nos instincts les plus bas en parodie de justice ? Comment ces quelques traits suffisent-ils à stopper notre bras toujours prêt à punir, à venger, à offrir d’autres sacrifices que ceux qui t’agréent ?
Même l’évangéliste n’a pas vu ce que Tu traçais, personne n’en a prélevé l’empreinte, aucun musée, aucun collectionneur ne peut se vanter d’exposer le dessin que T’inspirait la scène. Pourtant, tes silences sont plus parlants que nos mots pour dire qui nous sommes et qui nous devrions être. Alors, quand ils sont renforcés par tes signes, fussent-ils éphémères, tracés sur le sable qui vole et dans lequel les traces de nos pauvres pas s’effacent à peine sommes-nous passés…

Seigneur, comment peux-Tu dessiner quand les pierres sont dans les mains, la victime, la faute et la foule réunies pour l’expiation ? Comment peux-Tu espérer que nous comprendrons l’absurdité de notre geste alors que Tu connais notre goût pour la violence, pour le mensonge exprimé par beaucoup avec tellement d’aplomb qu’il passe pour vérité, pour ce que nous appelons justice, et attendre que les plus âgés se rétractent en premier ?

Tu sais bien qu’en foule nous ne valons pas grand-chose, prompts à suivre celui qui crie, à crier avec lui, puis plus fort, enhardis par le nombre, et le bruit. Nos paroles nous tiennent plus à cœur que nos convictions, une fois le cri lancé, le retour ne semble plus possible.

Et ce temps passé à juger l’autre, tous les autres, nos pères, nos mères, nos enfants, nos frères et sœurs, nos amis, notre Saint Père le Pape, nos évêques, nos prêtres, nos semblables, et si rarement nous-même ! Et ce goût pour le châtiment, que nous voulons proportionné à la faute, alors qu’il l’est à notre petitesse !

Que pouvais-Tu dessiner tandis que nous allions perpétrer devant Toi un sacrifice inutile et affreux, Toi qui es venu abolir les sacrifices en vivant, dans Ta chair, le dernier, le seul utile, l’indispensable, celui qui nous dispense à jamais de faire couler le sang en réparation ?

Un jour, j’ai posé la question à un prêtre de mes amis, ami qui sait si bien, par ses homélies, parler de Toi, et Te faire mieux connaître. Il m’a dit sa conviction que Tu écrivais le nom de Ton Père. Tandis que les hommes s’énervent et se ridiculisent, Tu pries, Tu écris le nom même de l’Amour, au moment où la haine monte, enfle, gagne les doux, les indécis, les faibles.

Seigneur, apprends-nous à dessiner, lorsque l’envie de juger nous suffoque, lorsque nous condamnons autrui, nous qui sommes pécheurs. Non pas à dessiner comme on s’occupe les mains, comme on tue le temps, comme on lutte contre le sommeil. Mais à tracer le nom de Dieu, pour qu’Il soit devant nous, quand nous menaçons de faillir, contre nous-même ou contre un autre. Qu’en traçant Ton nom, nous écartions de notre cœur toute idée de vengeance, tout sentiment de haine. Et que le pardon, qui est Ton nom caché, vienne à nos lèvres, comme nous espérons qu’il viendra aux Tiennes lorsque nous paraîtrons face à Toi.

Souviens-toi alors, Seigneur, non pas des dessins que nos vies ont laissés à la surface de la terre, mais de la paume de Ta main, où Isaïe nous dit que nos noms sont gravés. Pardonne-nous nos gribouillages, efface de l’ardoise de notre âme tous les jugements que nous avons portés, les condamnations, les exclusions prononcées.

Montre-nous seulement l’invitation que Tu nous as lancée, tracée à jamais, au Golgotha et depuis toujours dans les paumes de Tes mains.