EDITO

Thierry Aillet Directeur Diocésain
Thierry Aillet

Thierry Aillet

Directeur Diocésain

Saint et beau Noël !

En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint Esprit, et il dit: « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père, ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. Et, se tournant vers les disciples, il leur dit en particulier : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu ». Luc 10.21-24

A la veille de Noël, tous les ans, je repense à cette parole, si souvent exprimée dans les Evangiles. Une interprétation inique en a prétendu présenter la foi et la raison comme deux sphères dissociées et incompatibles : les mystères de la foi demeurent ainsi réduits à une pacotille de superstitions idiotes, qui font le garde-manger des gens crédules et influençables, bigotes et grenouilles de bénitier dans le sens malveillant de l’expression.

Mais qui sont donc ces gens simples, ces enfants, ces sages et ces intelligents dont parlent les Evangiles ? Jésus savait parfaitement bien que parmi ses disciples il y avait des gens instruits, des doctes et des savants, habitués au travail intellectuel, à qui ces « choses » n’avaient pas été cachées : jusqu’à la grotte de Bethléem trois mages d’orient avaient « péleriné » pour l’adorer ; et le pharisien Nicodème, ou Joseph d’Arimatie, membres tous les deux du Sanhédrin, je ne crois pas qu’ils fussent précisément des hommes à l’esprit rustique ou gens ignares. Par « simplicité », Jésus devait se référer à quelque chose de bien différent à ce que la vanité intellectuelle conjecture ou prétend.

Dans un autre passage des Evangiles, nous trouvons cette autre parole de Jésus qui peut nous aider à comprendre : « En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. » Matthieu 18.1-4.
Autrement dit « être simple » équivaut à « devenir enfant ! » s’écrie immédiatement l’homme obèse et boursoufflé de sa raison. La foi est puérile, le propre d’esprits rudimentaires et taillables à merci, que l’on peut facilement leurrer avec des fables et des mensonges. Pourtant, et l’actualité sur le « massacre des innocents »( les enfants à naître), la banalisation de l’infanticide, l’apologie de l’inversion, la dénaturation du mariage , le détournement de l’adoption ,l’euthanasie et l’assistance au suicide si bien relayés par le planning familial et distillés dans les programmes d’éducation par Madame Schiappa en est un extraordinaire aveu ; les fables et les mensonges ont toujours trouvé meilleur écho chez les esprits « rationalistes » ; et plus les degrés de sophistication, de réflexion tordue et de thèses alambiquées sont élevés, plus leur propension à ourdir et tramer des idéations insensées et machiavéliques est démesurée. Ils ont donné le « la » un certain vendredi Saint et pourtant, tous les ans le Christ rédempteur annonce un nouveau monde dans une crèche, la nuit de Noël.

Les maîtres à agir de ces esprits veulent à la suite d’Hérode puis Néron, les encyclopédistes, Robespierre et consorts, Hitler, Staline, Mao , les loges maçonniques et les chantres du Nouvel Ordre Mondial, inspirés par une diabolique folie destructrice de l’humanité, rejoindre le cortège de ces apprentis sorciers, de ces « médecins maudits » qui comme le disait Hannah Arendt ont labellisé « la banalité du mal ». Ils nous gouvernent aujourd’hui, ils gouvernent le monde et le gouvernant le détruisent.
« Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption, souligne Pierre Bergé, à la manifestation « pro-mariage pour tous » président du Sidaction et fondateur de Têtu. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence? C’est faire un distinguo qui est choquant ». […] »
« Un hétéro une balle, une famille une rafale », voilà des slogans qui s’affichent sur les pancartes de manifestants pacifistes, écologistes, socialo-communistes, LGBTTQQIAPP , que ne réfuteront pas les antispécistes et autres militants du « grand remplacement », et sont un appel à renouveler d’une autre manière « la nuit des Longs Couteaux » sans que la « pensée dominante » ne trouve rien à redire. Ces pancartes montrent que l’insulte, la haine sont bien ancrées (et permises !) au sein des lobbies.

Un enfant peut croire à pieds-joints en un lointain pays peuplé de fées et korrigans ; mais en aucune façon il ne pourrait penser que ce pays de fées et de korrigans soit accessible en brandissant la lutte des classes, la lutte des races, la lutte des civilisations, la lutte des générations, la lutte des sexes ou le « marché libre » des ventres ; ces chimères sont sans doute propres à des esprits adultes. Si personne n’a pu démontrer l’inexistence d’un lointain pays peuplé de fées et de korrigans, d’ailleurs tout à fait improbable, l’existence d’un paradis terrestre conquis grâce aux luttes précédemment énumérées est, grâce à Dieu, ses Saints et les Anges, demeuré surabondamment réfutée par la réalité ; et malgré cela, de nombreux « sages » continuent de croire au garde à vous à de pareilles entéléchies, que nous aimerions qualifier de blagues, si elles n’avaient pas – comme l’Histoire l’a hélas démontré – accouché de tant d’atrocités, de génocides et d’horreurs dont les camps de la mort nazis ou communistes sont les avant – derniers ignominieux héritages.

Qu’est-ce qui distingue alors l’esprit simple d’un enfant de l’esprit complexe d’un « sage » ?
Non pas, assurément, sa plus ou moins grande crédulité, mais son refus des abstractions glaciales, son attachement aux choses concrètes et palpables. Un enfant peut croire sans trouble ni embarras à l’existence d’une merveilleuse fiole qui enferme en son sein un génie ; seul un « sage » peut vouloir faire en sorte que ce génie se répande dans l’univers, comme une espèce de divinité panthéiste.
L’enfant- ou celui qui « devient comme les petits enfants » – croit que ce qui est le plus mystérieux et sacré peut se trouver dans les plus petites choses ; et par conséquent, il s’escrime à le chercher avec bonheur au milieu de ses jouets, ou entre les galets de la plage à marée-basse.

Le « sage », au contraire, tend à croire, avec son habituelle propension généralisatrice, que ce qu’il y a de plus mystérieux et sacré est inaccessible, surhumain, épuisant, dédaigneux des limites du temps et de l’espace ; et par conséquent, il finit par conclure que, ou sa quête doit se conformer à être spéculative, ou bien il abandonne la recherche. C’est pour cela que l’enfant – ou celui qui le redevient- peut comprendre sans scandale que les mains qui ont créé le soleil et les étoiles sont les petites mains engourdies d’un Enfant nouveau-né dans une mangeoire qui se tendent vers sa maman.

Au contraire, celui qui est « sage » – ou qui prétend le devenir – tendra à se faire une « idée » sur un nouveau-né et une autre « idée » sur la force inconnue qui a créé le soleil et les étoiles ; et les deux « idées » lui paraitront contraires et inconciliables.
La foi, en somme, est le contraire d’une « idée ». Avec des idées on peut expliquer des notions abstraites et désincarnées ; la foi a besoin de s’incarner en des choses aussi fragiles et menues qu’un Enfant qui babille dans une mangeoire. Voilà les choses que les « sages » ne peuvent ou ne veulent voir et que Dieu révèle aux « simples ».

Heureux et Saint Noël !

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » - Edito Septembre 2018

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ».
Saint Paul (1 Co 12,26)

L’un des traits les plus marquants du Pape François est sa croyance obstinée et indéfectible en l’existence de Satan. Il n’est pas une semaine où il ne se réfère à cet Ennemi du genre humain, ou à ses œuvres malignes dans chacun de ses sermons… Et il ne se réfère pas à lui comme s’il s’agissait d’une abstraction (un mal abstrait qui pullule par ci par là, comme un pet cosmique ou une émanation de gaz), mais toujours d’une façon personnelle, comme il est certain le faisait Jésus, dont la vie publique fut toujours épiée par Satan, depuis sa retraite dans le désert jusqu’à Gethsémani. De telles références ou mentions papales font grincer des dents la sensibilité contemporaine, qui juge que l’existence de Satan relève d’une superstition infantile ou qui confond le diable avec un Mal abstrait rivalisant à égalité de conditions avec un Bien tout aussi abstrait, engageant une lutte irrésoluble et, pour autant banale  ( c’est ainsi que s’explique par exemple, que la pensée et l’art contemporains n’aient plus ni drame, ni conflit en son sein et se soient convertis en carcasses vides, un art et une pensée sans excellence).

Naturellement, l’insistance papale dans ces mentions est communément passée sous silence ou pour le moins éludée par les « medias » d’endoctrinement de masses, qui de cette façon confirment leur acharnement à offrir une image fragmentée et distortionnée de notre Saint Père qu’ils souhaitent récupérer à des fins inavouables.

Charles Baudelaire (peu suspect de grenouiller dans les bénitiers) dans son journal intime écrivait : « La plus belle ruse du Diable est de nous persuader qu’il n’existe pas. » Et une telle astuce n’a jamais récolté autant de succès qu’aujourd’hui. Il n’y a pas que les sceptiques pour qui c’est une habitude qui nient son existence ; même parmi les chrétiens, il est fréquent d’en croiser pour qui l’existence du diable est une fable dérisoire, bonne à faire parler les gens incultes, influençables et irréconciliables avec l’existence d’un Dieu miséricordieux. Il en est même qui, vêtus des oripeaux de la bonne conscience servile et aseptisée à la mode N-O-M ( Nouvel Ordre Mondial), s’insurgent contre l’Eglise parce qu’elle ose dire du mal du mal. Or, lorsque l’Eglise du Christ est sujette à la raillerie, au lynchage médiatique, à la persécution, c’est chaque baptisé qui se sent attaqué et blessé et qui ne peut pas utiliser les armes de l’adversaire. « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même ». (Vatican II)

« On ne réforme l’Eglise qu’en souffrant pour elle, on ne réforme l’Eglise visible qu’en souffrant pour l’Eglise invisible. On ne réforme les vices de l’Eglise qu’en prodiguant l’exemple de ses vertus les plus héroïques. Il est possible que saint François d’Assise n’ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats. Il est même certain qu’il en a plus cruellement souffert, car sa nature était bien différente de celle du moine de Weimar. Mais il n’a pas défié l’iniquité, il n’a pas tenté de lui faire front, il s’est jeté dans la pauvreté, il s’y est enfoncé le plus avant qu’il a pu, avec les siens, comme dans la source de toute rémission, de toute pureté. Au lieu d’essayer d’arracher à l’Eglise les biens mal acquis, il l’a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d’or et de luxure s’est mis à fleurir comme une haie d’avril. Oh! Je sais qu’en de tels sujets, les comparaisons ne valent pas grand-chose, surtout lorsqu’elles ne sont pas exemptes d’une pointe d’humour. Me serait-il permis de dire pourtant, afin d’être mieux compris par certains lecteurs, que l’Eglise n’a pas besoin de critiques mais d’artistes?… En pleine crise de la poésie, ce qui importe n’est pas de dénoncer les mauvais poètes ou même de les pendre, c’est d’écrire de beaux vers, de rouvrir les sources sacrées. L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints ». Georges Bernanos (Frère Martin, in « La Vocation spirituelle de la France »

Il arrive cependant que ces mêmes qui nient l’existence du démon, lorsqu’ils prétendent localiser l’ultime instance du Mal dans les complots secrets qui gouvernent le monde, ont besoin de recourir à de grotesques théories conspiratives et à des complots d’ampleur et d’étendue universelle, planifiées par des organisations ultrasecrètes. Et comme le dit Fabrice Hadjadj dans son magnifique essai sur La foi des démons : « C’est la part de vérité que contiennent les très fausses théories du complot. Elles prétendent localiser ultimement le mal dans les ourdissages secrets, avérés ou imaginaires de quelque communauté humaine : protocoles des sages de Sion ou Franc-maçonnerie, Opus Dei ou Al-Qaïda…Quelle candeur ! Elles oublient de remonter à une conspiration plus secrète encore et plus tentaculaire, c’est-à-dire angélique ».

« Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous efforçons en même temps de le développer par la prière, la réflexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons sûrement grandir dans cette capacité spirituelle. (Gaudete et exsultate, exhortation apostolique du Saint Père François n°166).

En ce début d’année scolaire, « Demandons au Seigneur la grâce de ne pas vaciller quand l’Esprit nous demande de faire un pas en avant ; demandons le courage apostolique d’annoncer l’Évangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. De toute manière, laissons l’Esprit Saint nous faire contempler l’histoire sous l’angle de Jésus ressuscité. Ainsi, l’Église, au lieu de stagner, pourra aller de l’avant en accueillant les surprises du Seigneur » .(Gaudete et exsultate, exhortation apostolique du Saint Père François n°139).

Belle année scolaire !