EDITO

Thierry Aillet Directeur Diocésain
Thierry Aillet

Thierry Aillet

Directeur Diocésain

Tiens la barre !
Avançons au large…

Quel monde peut-on imaginer qui naîtra des ruines de celui qui s’écroule aujourd’hui ?
En réalité, face à un édifice réduit en ruines, deux attitudes s’offrent aux hommes :
• S’enterrer au milieu des décombres ou les utiliser pour construire une nouvelle demeure.

– Si notre civilisation décide de s’enterrer, elle œuvrera naturellement en détruisant plus profondément encore les formes de vie qui nous ont conduits à semblable banqueroute humaine que le coronavirus n’a fait qu’accélérer.
– Si elle décide de construire une nouvelle demeure, elle doit naturellement négliger les plans de l’architecte qui dessina la maison aujourd’hui réduite à néant.

Il y en a qui, au regard des mesures disciplinaires décrétées par nos gouvernants augurent que nous nous précipitons vers une dictature. Mais ce qui est certain, c’est que le communisme – comme le capitalisme –est une phase dépassée de la dialectique hégélienne. La démonstration la plus cinglante nous est faite par le cas chinois où le communisme est un ingrédient de plus rajouté à une recette de ragoût beaucoup plus amère et effrayante encore.
La nouvelle forme de tyrannie qui se trame – beaucoup plus intéressée à tuer les âmes que les corps – fut déjà anticipée par Donoso Cortes (1809-1853)
« Dans le monde antique, la tyrannie fut féroce et cependant, cette tyrannie était limitée physiquement, parce que tous les états étaient petits et que les relations internationales étaient presque impossibles. Aussi n’y eut-il point dans l’antiquité de tyrannie sur une grande échelle, si ce n’est une seule, celle de Rome. Combien les choses sont changées ! Messieurs, les voies sont préparées pour une tyrannie gigantesque, colossale, universelle. Examinez bien : il n’y a point de résistances physiques ni morales – physiques, parce qu’avec les bateaux à vapeur, les chemins de fer et le télégraphe électrique, il n’y a ni frontières ni distances, – morales, parce que tous les esprits sont divisés, tous les patriotismes sont morts ».
Et cette tyrannie gigantesque conjuguera capitalisme et communisme en une intime union, car – comme nous l’enseigne Castellani – « les deux coïncident en leur noyau mystique, qui n’est autre qu’un messianisme technolâtre et anthropolâtre ». Réussir cette synthèse entre communisme et capitalisme, c’est à cela que s’attachent et œuvrent nos gouvernants, dont l’objectif primordial n’est pas – comme pense l’anticommuniste primaire – d’exproprier mais plutôt de faire disparaître la petite propriété répartie entre beaucoup, ce qui bien entendu provoquera la destruction de nombreux postes de travail. Alors apparaitra, comme le vautour devenu colombe, la ploutocratie transnationale, qui achètera aux propriétaires ruinés leurs affaires en faillite à des prix ridicules et offrira aux travailleurs licenciés des travaux exténuants de livreurs de pizzas esclavagisés par Uber Eats ou d’empaqueteurs d’achats en ligne chez Amazon ou autres espèces de charognards. Et pendant que la ploutocratie pille et dévaste tout le tissu économique, les gouvernants en effet auront tout loisir de développer les rhétoriques communistes, démagogiques, en distribuant l’aumône (la rente minimale universelle !) et les droits de la braguette à des masses chaque fois un peu plus domestiquées ou dressées, leur faisant croire de surcroît qu’ils sont les justiciers qui corrigent les inégalités, alors qu’en réalité ils ne seront rien d’autres que des pantins au service d’une ploutocratie boulimique qui saccage les décroissantes classes moyennes jusqu’à les exterminer définitivement.
Evidemment que cette ploutocratie boulimique ne renoncera pas aux directives de son catéchisme économique (croissance économique à l’infini, éléphantiasis de l’économie financière, etcetera) et anthropologique (exaltation d’une nouvelle religion qui, exalte en même temps la luxure et qui interdit la fécondité). Il est clair, qu’après cette hécatombe coronavirique, les gouvernants fantoches devront imposer certaines limites à leurs idées chimériques* d’une société ouverte qui ouvre ses portes à toute âme qui vive (y compris les virus) pour faciliter la mobilité de l’emploi et la circulation des capitaux. Mais ce ne seront que des limites cosmétiques, qui pourront s’escamoter facilement ; car à ce moment-là, ils pourront compter sur des masses beaucoup plus obéissantes, malléables et grégaires, suite au long confinement, dépendants de travaux infimes et de l’aumône de l’Etat. Vous réalisez, la moitié du monde est restée en résidence surveillée pendant des mois sans broncher (à part dans ce qu’on appelle scandaleusement « les territoires perdus de la république ».) Ne pas le réaliser relèverait d’un aveuglement volontaire qui fait écho à « La servitude volontaire » (Petit opuscule écrit en 1576 par Etienne de la Boétie à l’âge de 18 ans).
« L’homme d’aujourd’hui, on le fait tenir tranquille […] nous sommes étonnamment bien châtrés […] Je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail, doux, poli et tranquille. » écrivait Saint Exupéry.
Car « à force de tout voir on finit par tout supporter ; à force de tout supporter, on finit par tout tolérer ; à force de tout tolérer, on finit par tout accepter ; à force de tout accepter, on finit par tout approuver ». Saint Augustin.
L’objectif commun de ces gouvernants pantins et de la ploutocratie sera un nouvel ordre mondial athée, ou un syncrétisme religieux mielleux qui s’imposera sans grandes démonstrations affectées, usant de la même discrétion avec laquelle durant cette crise, on a interdit de visite les anciens enfermés dans les EPHAD ( quand on pouvait sortir promener son chien) on a privé des sacrements les agonisants, et leurs cadavres ont été précipités sans famille ni prêtre dans les fours crématoires de l’hospitalisme.
« Il serait tout aussi faux d’affirmer que nous avons redécouvert le tragique, la mort, la finitude, etc. La tendance depuis plus d’un demi-siècle maintenant, bien décrite par Philippe Ariès, aura été de dissimuler la mort, autant que possible ; eh bien, jamais la mort n’aura été aussi discrète qu’en ces dernières semaines. Les gens meurent seuls dans leurs chambres d’hôpital ou d’EHPAD, on les enterre aussitôt (ou on les inci¬nère ? l’incinéra¬tion est davantage dans l’esprit du temps), sans convier person¬ne, en secret. Morts sans qu’on en ait le moindre témoignage, les victimes se résument à une unité dans la statistique des morts quoti¬diennes, et l’angoisse qui se répand dans la population à mesure que leur total augmente a quelque chose d’étrangement abstrait.
Un autre chiffre aura pris beaucoup d’importance en ces semaines, celui de l’âge des malades. Jusqu’à quand convient-il de les réanimer et de les soigner ? 70, 75, 80 ans ? Cela dépend, apparem¬ment, de la région du monde où l’on vit ; mais jamais en tout cas on n’avait exprimé avec une aussi tranquille impudeur le fait que la vie de tous n’a pas la même valeur ; qu’à partir d’un certain âge (70, 75, 80 ans ?), c’est un peu comme si l’on était déjà mort. Toutes ces tendances, je l’ai dit, existaient déjà avant le coronavirus ; elles n’ont fait que se manifes¬ter avec une évidence nouvelle. Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire » écrit Houellebecq
C’est plus ou moins ce qui nous attend si nous nous résignons à être enterrés avec les décombres de ce monde, et le plan de relance européen signé à Bruxelles que le chef d’état français qualifie d’historique pour l’Europe, précipite nos illusions dans les égouts de l’histoire au même titre que les accords de Schengen.
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En revanche, si en vérité nous souhaitions construire une nouvelle demeure avec les débris de l’ancienne, il faudrait commencer par renoncer au mondialisme et à toutes les relations politiques, économiques, culturelles et humaines qu’il a générées. Il faut retrouver « le lien entre la terre-mère et la communauté qui l’habite » ; et j’ajouterai les liens intracommunautaires. Les années à venir, tous les laquais du mondialisme – autant la gauche petit caniche que la droite Saint Bernard – grimeront leur âme altermondialiste sous le chuchotement d’un retour à la maison commune de l’Etat Nation.
La plaie du coronavirus a révélé les conséquences de leurs massacres : reconversions et délocalisations industrielles, dépendance des matières premières lointaines, abandon de la souveraineté financière et monétaire, démantèlement de l’agriculture et de l’élevage. Houellebecq écrivait déjà dans « Sérotonine » :
« Ce qui se passe en ce moment avec l’agriculture en France, c’est un énorme plan social, le plus gros plan social à l’œuvre à l’heure actuelle, mais c’est un plan social secret, invisible, où les gens disparaissent individuellement, dans leur coin, sans jamais donner matière à un sujet pour BFM ».
Le fond de relance rurale de Bruxelles a été divisé de moitié passant de 15 à 7,5 milliards d’euros.
Et maintenant ces gallinacées vont essayer moult démonstrations outrées et pleurnicheries, affectant des repentirs pour que nous remordions à l’hameçon qu’ils nous tendent. Et le Président de l’Etat français pavane sous son hâle de rayons élyséens, méprise et les écrase les petites gens et nous parle de se réinventer. Ainsi, pendant qu’ils s’insultent copieusement entre eux, communistes ! capitalistes ! sous des publications ou proclamations apparemment opposées, ils nous rabâcheront à nouveau tout leur menu fretin qui au bout du compte, se résume à un abandon de la richesse nationale à l’oligarchie mondiale ; c’est l’engrais de la dégénération morale des peuples, qui deviennent ainsi impuissants à tout effort vital, anémiques et aseptisés, devenant chaque fois plus inféconds et soumis, frappés d’incapacité à construire une famille et à lutter pour sa dignité au travail ( l’une ne va pas sans l’autre).
Simone Weil écrit dans « L’Enracinement » publié en 1949 :
« L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. C’est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. Participation naturelle, c’est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. Chaque être humain a besoin d’avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l’intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie »

Le moindre effort de reconstruction devra jeter à la poubelle de l’Histoire la gauche petit caniche et la droite Saint Bernard, qui sont mêmes chiens aux colliers distincts même s’ils se battent entre eux pour la chienne innommable afin de confondre les masses abasourdies et provoquer en elles des antagonismes pavloviens.
D’abord, bien entendu, il faudra casser la sécularisation anthropologique (parfois sous des alibis pseudo féministes qui défendent le bouillon clair vaginopénisé, les ventres de location ou les utérus artificiels). Ensuite, il faudra lessiver toutes les formes de rupture entre communauté et province ; du séparatisme solipsiste au cosmopolitisme futile qui détruit les frontières et dévaste les ressources naturelles, à travers l’exaltation du tourisme, la technologie, le commerce électronique et le consumérisme effréné. La nouvelle demeure devra se construire sur la base d’une autarcie qui garantisse, face à une nouvelle catastrophe, la vie et la sécurité des personnes qui l’habitent, fomentant une économie autosuffisante, avec une industrie et une agriculture de proximité qui nous ravitaillent en produits de base et nous épargnent les caprices propres aux sociétés décadentes qui tout en détruisant la nature, grimacent des postures et impostures écologrettathumbergiennes. Pour que ceci soit possible, il faudra retrouver une indépendance financière et monétaire qui permette une authentique indépendance politique ; ce qui exigera de lâcher les amarres d’avec les lupanars globalistes qui, sous l’alibi d’européanisme, nous ont convertis en colonies. Il est évident que cette autarcie de base ne signifiera pas isolement ; mais les alliances politiques ou économiques qui s’inscriront dans cet hypothétique futur devront être régies par de nouveaux critères, fraternels et concomitamment respectueux de l’idiosyncrasie de chaque peuple, qui naturellement devra défendre sa tradition culturelle et religieuse. Ceci ne signifie pas que nous soyons tous obligés de croire en Dieu par décret, mais de nous reconnaitre en une identité civilisationnelle propre qui naturellement, pourra s’allier avec d’autres identités en sincère et réciproque amitié. Mais ceci ne signifie pas non plus que l’Eglise se contente d’assister à la délitation d’une civilisation qui se fonde en Christ et dont elle est par essence la garante sans faire entendre sa voix.
Comme nous ne suçons plus notre pouce, nous savons que les possibilités que recèle cette reconstruction sont faibles. Dans l’Apocalypse, on nous dit qu’après avoir souffert une plaie, les hommes, au lieu de renier les péchés qui en furent la cause, récidivent sans souci. Et jamais dans l’Histoire il n’y eut une génération plus empoisonnée par la dégénérescence morale ni par les antagonismes pavloviens qui fouettent ses laquais de gauche et de droite que l’actuelle génération. Le faux débat sur la loi bioéthique en est l’aveu terrifiant.
Nous y sommes, nous voyons aujourd’hui la « gaudre » de Panurge et la « droiche , rampante, chacune dans son médiocre lupanar conduire les français jusque dans les mailles du globalisme qui accouche aujourd’hui de l’Islamisme, du LGBTisme, de l’indigénisme, l’écologisme, le véganisme, le racialisme, la promotion de la pornographie, du vagabondage sexuel, de la marchandisation du corps, de toutes ces idéologies véhiculées par des minorités destructrices, manipulées par le NOM (Nouvel Ordre Mondial), soutenues financièrement par George Soros et ses meutes qui finiront par rayer de la mappemonde la France et notre civilisation occidentale. Nos municipalités, Conseils départementaux ou régionaux ne sont pas en reste qui financent pléthore d’associations subversives à coup de subventions puisées dans la poche du contribuable à qui on ne demande d’ailleurs jamais son avis sur la destination exacte de son prélèvement. Ainsi devient-il complice de tous les abus et détournements de fonds par procuration. L’homme excelle à démolir, il est impuissant à reconstruire. En voulant conquérir ce qu’il ne pouvait avoir, il a perdu ce qu’il avait.
Ainsi prophétisait Alexis de Tocqueville (1805-1859) sur l’hédonisme de l’homo festivus.
« Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux (…). Chacun d’eux retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie ».
La rentrée scolaire a vu des millions d’élèves et de professeurs marcher, écouter, enseigner, éduquer, parler, se croiser, respirer, rire ou pleurer, sourire ou grimacer sans visage ou le visage caché derrière un masque. Le visage est l’expression de l’âme. La personne est son visage. Alors dans nos écoles, nous avons pour reconstruire la dignité de la personne, aujourd’hui avilie, le devoir de ne pas appeler « bien » ce qui est « mal »et de cultiver ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est bien, ce qui est pur. Eduquer, ce n’est pas flatter la nature, chercher à plaire, favoriser simplement bien-être et épanouissement ; c’est faire entendre un appel au dépassement, à la conversion du regard et du cœur, faire éclater l’égoïsme et rappeler les lois du monde : celle de la nature, de la vie, de la mort ; celle de l’esprit et de la chair ; celle du travail, la loi morale ; celle qui est une ordonnance de la raison en vue du bien commun, édictée par le responsable de la Communauté, lequel a des comptes à rendre à ceux qu’il gouverne.
« La beauté sauvera le monde » disait Dostoïevski qui pourtant, comme Léon Bloy ou Lautréamont, s’y connaissait en désespoir. La beauté est ce cadeau du ciel pour aider notre espérance et avancer au large.

Avançons au large !

Thierry Aillet

* Quoique ? Laurence Rossignol n’a-t-elle pas déposé au Sénat en pleine pandémie, deux amendements : l’un prévoyant « d’allonger le délai légal de recours à l’IVG, pour le porter à quatorze semaines, contre douze actuellement, et ce « pendant la durée de l’état d’urgence sanitaire, et jusqu’à trois mois après sa cessation », au motif que « la période de confinement accompagnée de la mobilisation de toutes les forces des personnels hospitaliers dans la prise en charge des malades du Covid ont mis en péril le maintien de l’accès à l’interruption volontaire de grossesse », l’autre facilitant les conditions d’accès à l’IMG (Interruption Médicale de Grossesse et n’entend-on pas que le Président de la République a souhaité prolonger jusqu’au 31 juillet la session extraordinaire du Parlement en vue de l’examen, en seconde lecture, à l’Assemblée nationale, du projet de loi relatif à la bioéthique). Il n’était pas encore question d’IMG sans limite. A la faveur de la nuit du 1er août, dans un hémicycle quasi désert, les parlementaires voteront, l’avortement jusqu’au terme, pudiquement qualifié d’interruption médicale de grossesse et l’autorisation de créer en laboratoire des chimères homme-animal à partir d’embryons sacrifiés?

« L’homme d’hier peut-il redevenir le frère de l’homme d’aujourd’hui ? ». - Edito Juillet 2020

« L’homme d’hier peut-il redevenir le frère de l’homme d’aujourd’hui ? ».

Une affirmation grotesque, très répandue chez certaines personnes férocement idéologisées, oppose les vertus de justice et de charité, considérant de manière absurde que la charité n’est juste que pure bienfaisance.
Mais ce qui est certain, c’est que justice et charité sont inséparables ainsi que l’enseigne Saint Jean : « Voici comment se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, et pas davantage celui qui n’aime pas son frère. » 1 Jean 3,19). Et cette méthode infaillible pour distinguer les enfants de Dieu des enfants du diable se complète avec cette autre affirmation médullaire de Saint Jean incluse dans la même épître : 20 Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. » (1 Jean 4,20).
Et Jean nous dit aussi qu’on peut proclamer « J’aime Dieu » tout en étant un grand fils du diable, si en vérité on n’aime pas son prochain. Mais comme l’amour de son prochain exige justice et charité, il faut aussi inclure parmi la progéniture diabolique ceux qui rendent une fausse justice à leur frère, celle qui ne serait pas inspirée par la charité, ou bien une fausse charité, celle qui n’observerait pas la justice. Chesterton évoqua les « vertus folles » pour désigner cet acharnement si contemporain à vouloir arracher, aliéner, faire table rase des vertus, les isolant jusqu’à les rendre méconnaissables, néantisées ; et peut-être qu’il n’y a pas plus folles que les vertus de justice et charité, qui d’ailleurs peuvent revêtir les oripeaux de la solidarité et travestir de bons sentiments l’hypocrisie des philanthropes.
La philanthropie contemporaine, pour s’affranchir de l’enseignement de Saint Jean a substitué ce Dieu, converti en entéléchie, par une autre entéléchie beaucoup plus laïque : L’humanité. Elle proclame : « j’aime l’humanité » et nous fait croire que parmi ces fils il n’y a pas de diable, qu’elle aime seulement quelque chose qu’ils ne voient pas (Dieu) et ils n’aiment pas le prochain qu’ils voient.
Mais l’humanité est exactement le contraire du prochain. Il arrive à de nombreux philanthropes contemporains la même chose qu’à ce médecin dont les propos sont rapportés par le starets Zosime dans « les Frères Karamazov de Dostoïevski : « « J’aime l’humanité, mais à ma grande surprise, plus j’aime l’humanité en général, moins j’aime les hommes en particulier comme individus. J’ai plus d’une fois rêvé passionnément de servir l’humanité, et, peut-être fussé-je vraiment monté au Calvaire pour mes semblables s’il n’avait fallu, alors que je ne puis vivre avec une personne deux jours de suite dans la même chambre, je le sais par expérience. Dès que je sens quelqu’un près de moi, sa personnalité opprime mon amour propre et gêne ma liberté… Je deviens l’ennemi des hommes dès que j’entre en contact avec eux. En revanche, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général. » Pléiade : p 59-60
Et un peu plus loin, Ivan Karamazov, le cadet des trois, intellectuel athée se révélant proche du prototype de l’homme moderne, confesse à son frère Aliocha : « Je dois t’avouer une chose, commença Ivan, je n’ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C’est précisément, à mon idée, le prochain qu’on ne peut aimer ; du moins ne peut-on l’aimer qu’à distance. J’ai lu quelque part, à propos d’un saint, « Jean le Miséricordieux », qu’un passant affamé et transi, vint un jour le supplier de le réchauffer ; le saint se coucha sur lui, le prit dans ses bras et se mit à insuffler son haleine dans la bouche purulente du malheureux, infecté par une horrible maladie. Je suis persuadé qu’il fit cela avec effort, en se mentant à lui-même, dans un sentiment d’amour dicté par le devoir, et par esprit de pénitence. Il faut qu’un homme soit caché pour qu’on puisse l’aimer ; dès qu’il montre son visage, l’amour disparaît ». Pléiade P.256
Dostoïevski s’érige en véritable interprète de Saint Jean. Aimer l’humanité est la grande incantation du moderne fils de Belzébuth, qui de plus s’indignerait en jouant les vierges effarouchées s’il nous venait à lui demander de cesser d’aimer ce qu’il ne voit pas et d’aimer plutôt son plus proche prochain ; qu’il l’accueille chez lui, qu’il lui permette de rester assis de longues heures à sa table à supporter des éternuements. Cet amour du prochain qui participe de la justice et de la charité est ce qu’il y a de plus difficile parce qu’il nous empêche de nous évader pour fuir la réalité avec des pensées philanthropiques nébuleuses.

Cet amour du prochain ne se démontre pas en réclamant à l’Etat que les EPADS soient mieux dotés, mais en assumant que nous sommes chacun d’entre nous ceux qui devons-nous occuper de nos anciens ( pour faire court, de nos parents).Et pour pouvoir nous charger d’eux comme ils le méritent, nous devrons exiger de ceux qui nous gouvernent qu’ils fassent ce qu’ils doivent, c’est-à-dire favoriser une vie authentiquement communautaire qui protège les liens familiaux et améliore les conditions de travail afin de disposer du temps nécessaire pour pouvoir nous occuper de nos parents avec justice et charité.
La plaie coronavirique dont nous souffrons est une opportunité exceptionnelle pour démontrer que nous sommes capables d’aimer notre prochain, au lieu de nous conformer à un amour de l’humanité…Appelons cela la charité nue.

DECONFINES … ET TOUJOURS CONFINES ! - Edito Mai 2020

DECONFINES … ET TOUJOURS CONFINES !

Comment pourrait-on aujourd’hui mettre en doute l’abnégation, la capacité de discernement des chefs d’établissement dans leur ensemble, des équipes pédagogiques, éducatives, pastorales et administratives de nos établissements catholiques, de la DDEC et de l’UDOGEC, ni leur force de résistance aux coups, aux contretemps à la bêtise humaine, administrative, à l’infantilisation ministérielle et la distillation par médias interposés de la peur pour un peu mieux manipuler ?
Oui, le confinement a révélé combien les habitaient le pur sens des responsabilités, leur grandeur d’âme à porter avec oubli de soi l’inédit et à supporter l’insupportable souvent, habités qu’ils sont par la foi, l’espérance et la charité.

Lors, ce que je vois venir, c’est qu’à un moment donné, ce ne sera plus supportable ; à un moment donné tout va exploser et nous serons submergés, décivilisés, anéantis par le tsunami familial, éducatif, social, économique, financier, moral et la subversion calculée des minorités destructrices financée par la ploutocratie qui lancent les hordes misérables du « Camp des saints » déferler et brûler ce qu’il reste de la mémoire occidentale ; je vois tout ce qu’on n’a pas voulu ni entendre, ni voir ni donc anticiper. On en devinait déjà les prémices à la Libération ; de grandes figures ont alerté ; lorsque les prélats et le Pape donnaient de la voix le monde entier écoutait, surtout les ennemis de l’Eglise (laquelle est devenue un cheval de Troie habité par ceux-là mêmes) qui cherchèrent tous les moyens pour la faire taire ( par la mort physique, morale ou spirituelle ) Et voilà la question lancinante : quel monde allons-nous laisser à reconstruire à nos enfants et petits-enfants quand l’Etat Français servilement manipulé par la nébuleuse ploutocratique et globaliste aura rompu toutes les amarres qui leur permettaient naturellement (Dieu, la famille, le village, le travail, la patrie) de grandir et de pérenniser à leur tour la pratique des vertus qu’on leur aura transmises (Fidélité, courage, prudence, charité, justice, force et tempérance).
Tout cela parce que s’il est une chose qui est mal comprise ou étouffée dans l’œuf, c’est bien la générosité. Le propre de l’esprit mesquin, calculateur, est de ne pas pouvoir imaginer la générosité. Le faible peut imaginer ce qu’est la force, le sédentaire peut imaginer le voyage, mais le mesquin ne peut pas imaginer la générosité (les prédateurs qui nous gouvernent distribuent l’argent qui n’est pas le leur non pas généreusement mais vénalement). La générosité, le don noble et gratuit sont au sens propre inimaginables. Ce sont des réalités. Le mesquin ne pouvant imaginer la générosité- mais qui doit bien en constater quelquefois les manifestations-, se trouve obligé par sa tournure d’esprit à supputer des motifs intéressés, sous-jacents aux actes généreux qu’il ne comprend pas. Sa morale s’établit sur la conformité de l’acte à l’utilité. C’est une morale pour laquelle la fin justifie les moyens. (Même chez nous, le ver est dans le fruit). « Ils ont la science, mais une science assujettie aux sens. » (F.Dostoïevski)
Et pourtant, il faut tout reconquérir. Quand on voit la destruction des paysages, leur profanation, on a vite compris que c’est un enlaidissement de l’âme et un péché contre l’esprit.
Si le monde moderne, après avoir entrepris la destruction de toute forme de pensée métaphysique ou sapientielle, en est venu à détruire, en grand, les paysages naturels (aujourd’hui ce sont les champs d’éoliennes qu’on veut de plus en plus hautes pour voler de plus en plus de vent), ce n’est point par hasard. Tout se tient : nos paysages et nos pensées, de même que se tiennent l’irrévérence et la barbarie. Le monde moderne cultive une inimitié farouche pour toute forme de recueillement. Or les paysages nous recueillent. Nous nous recueillons dans les paysages et nous recueillons en nous, pour les porter dans le secret des âmes et du dire poétique, les paysages. Ce lien, cette concordance, cette correspondance simple, le monde moderne en a horreur. Toute l’énergie qu’il met à constituer une réalité virtuelle tient en cette horreur. Comment comprendre cette horreur ? Mais comme elle fut toujours comprise : comme l’œuvre du Diable, du Diviseur ! De cette force qui divise, qui oppose l’inopposable naturel, le monde moderne a démultiplié les pouvoirs et accouche d’une culture de l’inversion. Nous en sommes là, et au point où cette simple évidence que les pensées naissent de paysages, apparaîtra bientôt comme une chose étrange ou incongrue. Le monde moderne a créé toutes les conditions de déracinements, de déforestation, d’éradication de l’âme des peuples pour mieux laisser la chimère « ravager » nos terres. Il faut reconquérir la fierté et l’humilité pour ne pas laisser l’imposture se « réinventer ». Il faut tout reconquérir ! A commencer par l’unisson. La première liberté humaine, le premier « droit de l’homme » devrait être le droit au silence, qui inclut le droit de se taire et la liberté d’écouter comme la liberté de parler et le droit d’entendre le silence. Tournons-nous vers la Sapience musicale du Moyen âge. Ecoutons Guillaume de Machaut ou Sainte Hildegarde de Bingen (Docteur de l’Eglise), laissons résonner en nous cette prodigieuse méditation sur le son, sur la mathématique et sur la vibration matérielle du son et nous aurons quelque chance de comprendre comment naissent nos pensées, et comment il advient que l’Esprit accomplisse ses œuvres à travers elles.
L’être qui est orienté par le profit, par la conformité sociale s’oppose à celui qui est orienté par la quête de la beauté et de la connaissance. Ce sont ces appartenances secrètes à la matrice artistique, à l’intimité poétique qui déterminent le destin de la personne, bien davantage que les appartenances aux classes sociales, aux masses uniformes gesticulantes, salissantes et aboyeuses qui hantent les nuits des morts vivants, les impostures ecologrettathunbergiennes ,les fêtes des voisins et les laquais de la déculture , de l’ « homo festivus »( Ph Muray) ou tout « auteur » est par définition immoral, car tout ce qui n’est pas vénal est immoral. Le paysage que le poète honore et chante est un point de jonction. Il est à la fois paysage de l’âme et du monde. Se reconnaître dans ce paysage, y célébrer sa présence, y attendre l’épiphanie, c’est bien reconnaître que le site, et par voie de conséquence, l’âme humaine, ne sont pas réductibles au genre ou à l’espèce.

Ortega y Gasset résume, avec brio, la situation : « on peut facilement formuler ce que notre époque pense d’elle-même : elle croit valoir plus que toutes les autres tout en se croyant un début et sans être sûre de ne pas être une agonie ».

Christ est Ressuscité- Edito Avril 2020

CHRIST EST RESSUSCITE

Une fois de plus, en cette période de pandémie, Monsieur Macron s’est donc prêté au jeu du discours présidentiel télévisé. Il nous annonce un prolongement de confinement jusqu’au 11 mai. Nous voilà donc réduits à attendre un mois de plus. Nous en prenons acte. Il nous a dit ce lundi de Pâques, de manière incantatoire – encore- qu’il prétendait rebâtir un nouveau monde, mais il nous apporte en direct la preuve que ce monde sera, une fois de plus, sans racines et sans passé évoquant une fraternité qui n’est qu’une unité abstraite et désincarnée.

Nous venons de traverser une première vague de confinement. La fermeture des écoles décrétée par Monsieur Macron le 14 mars, puis de confinement général pour lutter contre la pandémie du COVID 19 jusqu’alors déclarée improbable nous ont imposé une nouvelle façon d’enseigner, d’éduquer, d’accompagner et d’évangéliser.
Je vous écrivais le 19 mars que le fléau qui s’est abattu sur notre pays et qui se propage dans le monde entier pourrait bien être pour nous une occasion providentielle de revenir à l’essentiel de notre alliance avec la Sagesse éternelle, celle de notre baptême personnel et collectif.

Je crois que ce le fut grâce à l’accompagnement des élèves et des parents d’élèves, grâce au travail de continuité pédagogique, pastorale et spirituelle quotidien, très élaboré, très profond et construit en fidèle cohérence à notre mission d’école catholique. Il faut souligner avec quelle abnégation et sens du service, , les Chefs d’établissements, les APS, les professeurs, les prêtres référents, les salariés, les bénévoles et toute la communauté éducative des établissements – sans oublier l’équipe de la Direction Diocésaine, de l’UDOGEC et l’APEL départementale – ont produit une œuvre remarquable d’inventivité et d’adaptabilité pour rendre cette continuité pédagogique et pastorale extrêmement qualitative et exemplaire. Le soutien exceptionnel du Secrétariat Général de l’Enseignement catholique ainsi que de la FNOGEC et de la Fondation Saint Mathieu est également à saluer.
La mise en place de l’accueil des enfants de personnels de la santé de la protection de l’enfance ainsi que ceux des forces de l’ordre s’est faite sans faille et sans interruption malgré un défaut criant de masques et protections diverses.

Le confinement est et reste toutefois une période difficile et comme il nous faut poursuivre notre mission d’accompagnement, nous le ferons avec l’aide de Dieu et ainsi ne pas tomber dans ce modus operandi de toutes les tyrannies qui rampent ou s’étalent dans le monde et qui n’est autre qu’une lente destruction des relations naturelles entre les humains. C’est cette destruction des relations entre les humains qui justifie l’abandon de nos anciens – interdits de contacts avec leur famille, avec un prêtre, privés du sacrement des agonisants et finissant, anonymes, dans les fours crématoires – et leur substitution par des hyperliens propagandistes subversifs qui, tout en isolant les hommes entre eux, les soumettent à un pouvoir en apparence bienveillant et charitable.

Le COVID19 est un des virus dont notre monde accouche mais ce qui est nouveau par rapport aux épidémies passées, c’est que cette maladie, loin d’être attaquée à sa racine, est stimulée par des systèmes de pensée et d’argent qui la propagent et l’entretiennent, favorisant ainsi la rupture des êtres humains avec tous les liens qui donnent sens d’appartenance et de permanence à leur propre vie. Nous finissons par croire que nous en sommes les jouets.
Un tel désespoir finit par se manifester dans deux expressions qui, à simple vue, semblent contradictoires, mais qui abritent une même aversion à la vie : d’un côté, peur de la solitude, de la vieillesse, de l’abandon et de la mort qu’on essaye d’exorciser au moyen d’un vitalisme compulsif ; de l’autre côté, un désir d’en finir au plus vite avec une souffrance qui nous parait absurde. Car la conscience d’absurde, tantôt habillée d’oripeaux cliniques, tantôt hurlante de douleur est toujours l’ultime étape du voyage vers le néant dans lequel nous embarque le désespoir.

Le Christ est ressuscité Dimanche, il est vraiment ressuscité, la mort est morte,
« C’est pourquoi il est urgent que la question de Dieu reprenne une place centrale. Ce n’est cependant pas un Dieu qui existe quelque part, mais un Dieu qui nous connait, qui nous parle et nous concerne- et qui est aussi notre juge…Que nous devenions capables de Dieu, pour pouvoir ainsi entrer dans la vie véritable, dans la vie éternelle…pour que nous trouvions la vie, la vie véritable, celle qui n’est plus soumise à la mort » (Benoît XVI Lumières du monde).

« Prenez courage, tenez bon ! » - Edito janvier 2020

« Prenez courage, tenez bon ! »
Deutéronome 31.6

J’ai toujours regardé avec méfiance que s’installe une connivence du pouvoir politique avec la religion. D’abord parce qu’elle ternit les croyances d’une trompeuse connotation idéologique ; ensuite parce que le pouvoir politique tente toujours de récupérer la part du gâteau de cette « heureuse connivence », exigeant, en échange de concessions déterminées, l’adhésion servile et l’attitude de laquais des hiérarchies religieuses.

Pour le reste, l’expérience démontre que l’hostilité du pouvoir politique est l’humus fécond qui favorise l’épuration des convictions religieuses : probablement la religion catholique ne se serait pas propagée avec la vigueur qui fut la sienne si Rome n’avait pas programmé son extermination. Je ne participe pas, donc, de cet abattement qui semble s’être emparé d’une majorité de catholiques ces derniers temps depuis que ceux qui nous gouvernent ont multiplié les gestes, les signes d’indifférence, de mépris, d’humiliation déclarée à l’égard de la religion catholique qui nous sert de nourriture, de rempart.

J’en veux pour illustration le silence assourdissant mais criant de nos élus en face de toutes les agressions physiques ou morales, insultes publiques vomies et relayées complaisamment sur les réseaux sociaux, les médias publics ( radiophonique ou télévisuels ), les profanations de nos églises, tabernacles, décapitation de statues de la vierge Marie, du Christ, salissures et tags injurieux sur les murs de nos chapelles et nos écoles, incendies criminels de nos églises ou cathédrales, profanations quasi hebdomadaires des sépultures chrétiennes dans nos cimetières, cécité complice en face des persécutions et assassinats de masse des chrétiens de par le monde et particulièrement en Afrique ou au Moyen Orient…

En revanche, je crois que la conjoncture ne peut être plus stimulante, car elle nous incite à effrayer la roublardise avec laquelle nous vivons habituellement notre foi. Jésus nous a averti que nous serions persécutés en son nom : « Soyez sur vos gardes. On vous livrera aux sanhédrins, vous serez battus de verges dans les synagogues et vous comparaîtrez devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d’eux ». Marc 13.9. Et il nous laissa aussi quelle attitude devait être la nôtre quand ce jour devait arriver : « Ne craignez donc aucun homme. Tout ce qui est caché sera découvert, et tout ce qui est secret sera connu. Ce que je vous dis dans l’obscurité, répétez-le à la lumière du jour ; et ce que l’on chuchote à votre oreille, criez-le du haut des toits ». Mathieu10.26-27.

Il s’agit bien de cela. Annonçons Jésus-Christ, proclamons notre foi du haut des toits, sans peur de l’insulte et de la haine que notre époque nous voue.

Que ceux qui disposent d’une tribune publique en fasse usage pour qu’elle serve et de fouet et de réconfort. Que ceux qui n’ont pas d’assise, demeurent fermes dans leur convictions face aux courants dévastateurs de notre époque qui déferlent et ravinent ; car c’est dans notre capacité de résistance que nous scellerons le succès final de la mission.

Mais notre résistance ne doit pas être passive et pusillanime, comme prétendent ceux qui revendiquent une « foi privée » et presque clandestine, mais zélée et prête à se rebeller contre son persécuteur.

Au bout du compte, les postures d’indifférence, de mépris ou les déclarations goguenardes et humiliantes que nous réserve la faction gouvernante et ses « minorités destructives » alliées ne recherchent même pas notre disparition mais plutôt notre réclusion dans les catacombes de la tiédeur et de l’intimidation.

Il suffira que nous refusions de reculer pour que les harceleurs apprécient de quel bois nous nous chauffons et de quoi nous sommes faits. Peut-être alors leur verrons- nous les yeux s’emplir de frayeur, le dos se courber et prendre les jambes à leur cou.

Le mot professer vient du latin profiteri qui signifie : dire hautement, déclarer. Tout chrétien a, en certaines circonstances, le devoir de proclamer hautement sa foi. « Celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges ». Marc 8.38.

Nous devons au Christ d’être chrétiens, non seulement dans le secret de notre vie, mais devant les autres.
La défense de notre foi nous impose un combat exigent. Utilisons d’abord les armes que la loi met à notre service : exigeons sans faiblesse pour nos enfants la première annonce et l’éducation religieuse à laquelle ils ont droit dans nos établissements ; contribuons avec nos deniers au soutien de l’Eglise, aimons et défendons-les, nos évêques et nos prêtres. Acceptons, dans un deuxième temps, que la foi ne peut être vécue en ces temps d’affliction comme une démarche routinière, un habitus, mais comme un signe d’identité orgueilleux dans lequel se résout la survivance de notre ADN, de notre généalogie spirituelle et culturelle ; participons aux liturgies de notre foi avec bonheur, chassons ce marasme de stupidité et d’hédonisme qu’on nous impose et que nous distillons dans nos églises…

Et, enfin, si la défense de nos convictions l’exige, sortons dans la rue armés de pancartes, de banderoles, de flambeaux, d’oriflammes qui nous identifient et chantons ; racontons la vie de nos saints et de nos martyrs pour qu’ils soient modèles d’identification : on ne verra jamais manifestation plus nombreuse que celle des catholiques qui chaque dimanche se rassemblent pour aller à la messe. Tout faire et ne pas se résigner à vivre à nouveau dans les catacombes. Et surtout, persévérance, bien que la solitude nous incite à la défaillance : « Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé ». Matthieu 10.22.

Un corps « sociétal » …amputé de l’âme. - Edito décembre 2019

Un corps « sociétal » …amputé de l’âme.

Beaucoup de gens dépriment pendant la période de Noël ; et ça ne devrait pas nous surprendre, puisque Noël est une fête de l’Espérance, et notre époque est une époque désespérée.
Noël déprime l’homme contemporain parce qu’après l’avoir obligé à renier la source d’où jaillit l’unique félicité éternelle, on lui impose durant cette période une imposture de bonheur. Les salles d’attentes des psychologues s’emplissent d’une armée de patients moralement éreintés qui implorent une solution efficace à ce syndrome de Noël qui les tenaille ; naturellement, leurs requêtes ne sont jamais exaucées, car on n’a pas encore inventé le traitement qui guérit les dérèglements de l’âme que provoque la suppression de Dieu de notre horizon vital. Et rien n’est plus normal, lorsque Dieu a été éradiqué de nos âmes, que l’âme ne se retrouve « dans les talons », en ces jours où Dieu renaît.
La raison de cet effondrement de l’âme a l’habitude d’être associée au souvenir de l’enfance. Nous étions tellement heureux quand l’innocence nous venait en aide durant ces mêmes dates ! La nostalgie de cette innocence perdue (qui est en réalité la nostalgie d’un état dans lequel l’âme était encore débordante de divinité), projette sur nous une insupportable angoisse existentielle, une terrible conviction que nous ne serons plus jamais cet enfant qui assistait ravi à un déploiement incessant de lumières. En nous comparant à cet enfant émerveillé et joyeux, nous avons l’habitude de réagir de deux manières :
– Un sentiment de dégoût à notre égard, à l’égard de cette mocheté retorse que nous sommes devenus aujourd’hui (ainsi s’entend l’envahissant spleen ou l’indifférence euthanasique que nous ressentons pour notre propre vie…et envers celle de nos congénères) ;
– Ou bien une forme de dégoût à l’égard de la tradition des crèches vivantes des chants traditionnels de Noël, ou des « pastorales » de Provence qui nous émerveillaient jadis (ainsi s’explique la haine antireligieuse chaque fois plus étendue de notre société qui en même temps est une haine de notre propre être).
Ces deux réactions débouchent sur cette béance contemporaine de désillusion du monde, qui s’exacerbe encore plus quand on la confronte avec la déception que nous provoquent ceux qui nous entourent.
A cette agrégation de dégoûts, participe fortement et activement le climat familial plutôt crasseux, consumériste et de grande bouffe dans lequel se développent ces fêtes de Noël ; le psalmiste nous disait déjà que « si le Seigneur ne bâtit la maison, les maçons travaillent pour rien « Ps.127
Se retrouver en famille ou avec les oripeaux de ce qu’est une famille qui survit aux éclatements, aux discordes et aux rancœurs intestines, c’est comme exposer les résidus de notre innocence passée aux morsures d’un broyeur.
Leonardo Castellani écrivait dans l’un de ses jubilatoires et lumineux articles : « A mesure que se perd le sentiment du sacré, les fêtes pseudos sacrées sans aucun contenu sacré se sont multipliées ; à cause de la loi biologique qui décrète : à mesure que diminue ce qui est vivant, ce qui devient automatique augmente […] On ne peut pas faire rire les gens par décret ; on ne peut pas non plus les faire sentir. Un homme peut mener un cheval à la rivière ; mais même dix hommes ne pourront l’obliger à boire s’il ne veut pas. Créer une véritable fête est plus difficile que cela. La plus ancienne fête chrétienne est la « dernière cène du Christ ». La communauté chrétienne se réunissait pour manger, recevoir le Sacrement et communier entre eux, c’est-à-dire, mettre en commun leurs idées, leurs sentiments et leurs intérêts à la source d’une même foi. Ils se retrouvaient ensemble pour se retrouver eux-mêmes à la lumière d’une croyance commune et transcendante. C’est le modèle de toute vraie fête, qui se base sur une nécessité et s’accomplit dans la réception d’un don spirituel, lequel par le fait de se recevoir rejoint et unifie toutes les volontés ».
Notre époque prétend convertir Noël en une fête laïque, dépouillée de son contenu réel. Les municipalités, frileuses mais avides de bulletins de vote, vous inondent de « bonnes fêtes de fin d’année », les francs-maçons et anticléricaux de tout poil s’opposent à la présence de crèches dans les lieux publics, certains édiles vous souhaitent un « joyeux solstice d’hiver » et même le président de la république française y va de son détachement feint en omettant sciemment de souhaiter « joyeux Noël » aux français ; donc sous ces dictats de la pensée, les centres commerciaux invitent à festoyer en refusant de dire que c’est pour fêter l’anniversaire de la naissance du Christ, que dans la nuit du 24 décembre, c’est Dieu qui s’est fait chair et que nous est né un Sauveur. Mais une fête qui ne serait pas une communion entre ceux qui la célèbrent et la réception d’un don spirituel ne pourra jamais être une véritable fête.
Car une fête qui ne naît pas d’un fond de communion n’est rien d’autre que la simagrée désespérée de ceux qui ont cessé de boire à la source d’où surgit l’unique félicité éternelle. Il convient de se rappeler la célèbre phrase de Chesterton « Otez le surnaturel, et vous ne trouverez pas le naturel mais l’antinaturel ». Notre époque a expulsé Dieu de son sein ; et ce qui se passe maintenant est plus simple : elle n’a plus Dieu. Et sans Dieu l’homme ne peut rien faire de divin ; ni même se divertir, car sans Dieu il n’y a pas de communion véritable entre les hommes, et sans communion véritable, il ne peut y avoir de fête mais dépression et angoisse. Bien que l’homme se déguise pour ce bal des chimères, qu’il se vautre dans la fange et la luxure avec l’illusion de briller, il finit par se réveiller dans ses vomissures et la terrible révélation de sa vanité. C’est ce qu’il se passe lorsque le vivant diminue et qu’augmente l’automatique ; voilà ce qui arrive, quand on nous arrache l’âme pour nous réduire à la simple physiologie.
Mais parce que « puer natus est » tout est possible.
Saint et beau temps de Noël à tous !

TEMPS DE L'AVENT - Edito décembre 2019

TEMPS DE L’AVENT

Cette période de l’année liturgique s’ouvre, comme chaque année, le 4° dimanche précédant Noël.
Avant Noël s’ouvre le temps de l’Avent, qui commence cette année le 1er décembre 2019. L’avent (avec un « e ») est certes un temps qui précède Noël. Mais d’où vient ce temps et quel est son but ?
Un temps où l’on prépare son cœur à fêter Noël
Le temps de l’Avent compte quatre dimanches avant Noël. Historiquement, on sait que l’Avent avait surtout pour but de tourner notre prière et nos cœurs vers ce que l’on appelle les «fins dernières», autrement dit le retour du Christ, que tous les chrétiens attendent. Aujourd’hui encore, notre Avent honore donc ces deux aspects : méditer sur le retour du Christ (en gros, les 2 premières semaines) et ensuite la préparation de nos cœurs à célébrer Noël, du 16 au 24 décembre, et qui est une préparation plus centrée sur la fête même de Noël avec la lecture des évangiles qui précèdent la naissance du Christ et les divers événements : l’annonce de la naissance de Jean le Baptiste ; l’annonce à la Vierge Marie, à saint Joseph, la nativité de saint Jean-Baptiste, etc.
Avec Saint Jean-Baptiste, attendre Noël
Saint Jean-Baptiste est un personnage clé de l’avent puisque c’est lui qui appelle sans cesse le peuple à se convertir pour accueillir le Messie de Dieu. En effet, le Messie de Dieu ne s’accueille que par un cœur ayant le désir de se convertir à sa parole. En quelque sorte, il incarne bien l’esprit de l’avent puisque c’est le prophète de l’attente par excellence : il prépare les chemins du Seigneur, il montre l’agneau de Dieu, le Christ, qui vient dans le monde.
Se préparer à recevoir Jésus avec la Vierge Marie
La Vierge Marie tient aussi une place toute particulière puisque son rôle et sa place dans l’accueil de Dieu au cœur de sa vie sont particulièrement offerts à notre prière. Qui d’autre mieux que Marie, dans l’attente de la naissance de son fils, peut montrer à l’Église, et donc à nous-mêmes, comment disposer nos cœurs à le recevoir ? Elle est la figure de l’attente et de la confiance en Dieu par excellence.
L’Avent, pour apprendre à préférer Jésus
Comme nos cœurs sont dans l’attente et appelés à se convertir pour mieux accueillir l’Enfant Jésus, quelques « signes » liturgiques vont signifier cela : en plus de la couleur violette que revêtent les prêtres par les ornements liturgiques, on ne chante plus le Gloria à la messe du dimanche. C’est le « Chant des anges » la nuit de Noël : on le «réserve» donc pour cette fête, comme pour mieux le retrouver à Noël.
Le violet est aussi la couleur de la « pénitence » dans l’Église, un mot que l’on aime moins… Jean-Baptiste «proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés !» La conversion est toujours tournée vers une joie plus grande qu’est l’accueil de Dieu dans nos vies. C’est cela que nous célébrerons le 25 décembre et c’est pour cela que nous disposons nos cœurs à préférer Jésus à toute chose. Regardez Marie par exemple : elle avait un beau projet de mariage avec Joseph ! Ces deux personnages (comme tant d’autres saints d’ailleurs) avaient des projets, une vie bien réglée, une belle situation et pouvaient légitimement profiter de l’existence. Mais ils ont préféré Dieu à toute autre chose. C’est le témoignage que nous recevons pendant l’Avent.

En ce temps de Noël, nous nous mettons en chemin. Dans le ciel, une étoile va se lever !
Cette étoile nous invite à chercher, à nous ouvrir à ce que nous ne connaissons pas, à aller de l’avant.
Cette étoile nous conduit jusqu’aux pieds de l’enfant Jésus, si petit et si humble, homme parmi les hommes.
Cette étoile nous rassemble, chrétiens du monde entier, comme elle a réuni les bergers et les mages.
Cette étoile est un signe que Dieu adresse à tous les hommes : son message d’amour et de paix est pour le monde entier.
Cette étoile est une lumière qui nous guide, une lumière pour nos cœurs !
Cette étoile nous guide vers Jésus-Christ !

GOUTONS AU SANG DE DIEU - Edito décembre 2019

GOUTONS AU SANG DE DIEU

Que de fois la foi n’a-t-elle pas été jetée en pâture aux chiens et quand on croyait que les chiens la dévoraient, ce furent les chiens qui périrent.

Dans les éblouissantes pages qui concluent « L’homme éternel » (L’homme éternel est sans doute l’un des plus profonds et des plus poétiques parmi les livres qui peuvent amener des incroyants à considérer avec attention et sympathie ce que l’Eglise enseigne sur l’homme et sur Dieu.) Chesterton comptabilise cinq occasions (mais il y en eut beaucoup plus évidemment) où l’histoire semblait signer la mort du christianisme ; et autant de fois le christianisme renaquit de ses ruines, cependant que ses ennemis sombraient dans l’oubli de la nuit des temps.

Quand le nominalisme s’érige triomphant sur les ruines du moyen Age surgit Saint Thomas d’Aquin dans le sillage d’Aristote ; quand l’Islam galope à brides abattues, la clameur de milliers de jeunes gens, fils spirituels de Saint François d’Assise vrombit comme le tonnerre en élevant au ciel une forêt de flèches ; quand le paganisme de la Renaissance s’infiltre jusque dans les structures de l’Eglise et accouche de la désagrégation de la Réforme, surgit Saint Ignace de Loyola , « l’officier du Roi » devenu « pèlerin de Dieu » . Et c’est ainsi, successivement dans tous les crépuscules de l’Histoire, à chaque épisode convulsif, jusqu’à nos jours ; lorsqu’il semble que la foi est sur le point de succomber, quand les hommes qui la professent semblent fatigués, éreintés et boiteux, surgit un mouvement qui leur redonne force d’âme et de combat ; et l’Histoire démontre toujours, que plus irrémédiable s’annonce être la boiterie, plus puissante et fulgurante se révèle être la résurgence.

C’est qu’en réalité comme le dit Chesterton, la foi repose sur un Dieu qui sait parfaitement comment sortir du sépulcre. Toutes les époques ont essayé d’enivrer leurs fils avec du mauvais vin, du vin bouchonné, vinaigré, piqué, dans lequel on a versé du venin, du somnifère; et à toutes les époques, a fini par jaillir, comme un puissant torrent rougeâtre, la force du vin originel

Et les hommes qui s’étaient résignés à se saouler avec des vins altérés, après avoir gouté ce vin originel, ont à nouveau prononcer ces paroles de gratitude que prononcèrent les invités aux noces de Cana : « Mais toi tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ».

Le vin altéré de notre époque s’appelle laïcisme ; et comme tous les vins nocifs, les piquettes insipides qu’on a offert à l’humanité depuis que le monde est monde, il dit à l’homme que Dieu n’existe pas, il dit à l’homme que lui-même est Dieu, il lui promet la libération de toutes les attaches, le Paradis sur terre et un avenir bourré de félicités éternelles ;et l’homme alléché, boit de cette vinasse jusqu’à s’en rendre malade pour découvrir ensuite que toutes ces promesses se muent en une gueule de bois harassante de nausées et vertiges.

Alors, l’homme imbriaque de ce picrate là pendant qu’il se laisse placidement trainer par le courant de son temps, regarde à l’entour et découvre au loin une fragile embarcation, ballottée par la houle, fouettée par les embruns, qui cependant s’obstinait à remonter au vent.

Alors il réfléchit : « Peut-être suis-je mort ; et comme je nage à la faveur du courant, je ne m’en serais même pas rendu compte ; qui sait d’ailleurs où je me laisse aller ? Mais pour naviguer comme le fait ce frêle esquif il est nécessaire d’être vivant, car il n’y a que ce qui est vivant qui peut naviguer à contre-courant ». Et, cependant que l’homme voit passer à côté de lui, trainés par le courant, tous les sophistes et démagogues qui le confondirent avec leurs promesses, il décide d’embarquer sur ce bateau qu’une force surnaturelle pousse en sens contraire. Et une fois à bord, il se sent revivre.

L’Eglise est cette bisquine qui remonte au vent. Le cinglage qu’elle promet est âpre et fatigant à la différence du lascif abandon qu’augure se laisser dériver au gré du courant. Dans sa traversée éprouvante, ce vaisseau est assailli par les pirates, déchiré par des luttes intestines et mutineries, épié par les hauts fonds et guetté par les récifs, secoué par mille coups de tabac, mais le barreur ne change jamais de cap. Et lorsqu’il semble succomber aux assauts de Charybde et Scylla qui le décharnent de mille morsures, il resurgit et prend le vent, laissant loin derrière la meute des forbans et autres écumeurs.

Le barreur et l’équipage ont entendu – qui répondent aux tumultes de leurs âmes tentées par le désespoir et le doute – ces paroles de Jésus : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? »

Les errances théologiennes, les vagabondages comportementaux de prélats, les tiédeurs des épiscopes, des prêtres et des fidèles infidèles aux commandements de l’Eglise, les pharisiens et les pisse-bénitiers, les petits arrangements avec le malin, les compromissions avec l’idéologie dominante et les « dictadouces » peuvent inviter l’observateur à imaginer une fois encore que l’agonie de l’Eglise est là sous nos yeux et que ce siècle signera sa mort. Chesterton nous rappelle- si nous l’avions oublié – à propos des compromissions avec l’idéologie dominante que les moines missionnaires irlandais qui furent martyrisés sur les côtes de Cornouailles au temps de l’arianisme n’ont pas été massacrés par des païens mais par des « chrétiens assez tièdes ». Quand il nous dit que « même la puanteur du paganisme décadent n’a pas été aussi mauvaise que la puanteur du christianisme décadent », il nous renvoie aujourd’hui à une écologie qui n’est légitime qu’en relation avec la fertilité du monde et non avec des injonctions onusiennes qui n’ont de vraies que l’impasse dans laquelle gisent tous ces mutilés de l’âme qui déplorent aujourd’hui les effets dont ils ont chéri les causes. « L’idée de réduire la propriété à la seule jouissance de l’argent correspond exactement à l’idée de ramener l’amour au seul plaisir du sexe. Dans les deux cas un plaisir incident, isolé, servile et même dissimulé est substitué à la participation à un grand processus créatif…Et même à la Création perpétuelle du monde ».

C’est oublier que dans les pires et plus sombres heures de l’Histoire de l’Eglise un Saint nous est envoyé.

« Je ne pourrais abandonner la foi sans tomber dans quelque chose de plus creux que la foi. Je ne pourrais cesser d’être catholique, sauf à devenir quelque chose de plus étroit qu’un catholique. Nous avons quitté les bas-fonds et les lieux desséchés pour l’unique puits profond. La vérité est au fond. » G.K.Chesterton Le Puits et les Bas-fonds

La vérité est au fond … d’où jaillira – l’on en distingue déjà les premiers frémissements, les premiers parfums- un vin ô combien meilleur, qui distillera dans les gorges sèches de la laïcité la saveur de l’humain pascal: des vies données jusqu’au bout dans la force du Christ.

Belle fête de tous les saints ! - Edito novembre 2019

Belle fête de tous les saints !

« … Car l’heure des saints vient toujours. Notre Église est l’église des saints. Qui s’approche d’elle avec méfiance ne croit voir que des portes closes, des barrières et des guichets, une espèce de gendarmerie spirituelle. Mais notre Église est l’église des saints. Pour être un saint, quel évêque ne donnerait son anneau, sa mitre, sa crosse, quel cardinal sa pourpre, quel pontife sa robe blanche, ses camériers, ses suisses et tout son temporel ? Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine. Notre Église est l’église des saints. Mais qui se met en peine des saints ? On voudrait qu’ils fussent des vieillards pleins d’expérience et de politique, et la plupart sont des enfants. Or l’enfance est seule contre tous. Les malins haussent les épaules, sourient : quel saint eut beaucoup à se louer des gens d’église ? Hé ! Que font ici les gens d’église ! Pourquoi veut-on qu’ait accès aux plus héroïques des hommes tel ou tel qui s’assure que le royaume du ciel s’emporte comme un siège à l’Académie, en ménageant tout le monde ? Dieu n’a pas fait l’Église pour la prospérité des saints, mais pour qu’elle transmît leur mémoire, pour que ne fût pas perdu, avec le divin miracle, un torrent d’honneur et de poésie. Qu’une autre église montre ses saints ! La nôtre est l’Église des saints. À qui donneriez-vous à garder ce troupeau d’anges ? La seule histoire, avec sa méthode sommaire, son réalisme étroit et dur, les eût brisés. Notre tradition catholique les emporte, sans les blesser, dans son rythme universel. Saint Benoît avec son corbeau, saint François avec sa mandore et ses vers provençaux, Jeanne avec son épée, Vincent avec sa pauvre soutane, et la dernière venue, si étrange, si secrète, suppliciée par les entrepreneurs et les simoniaques, avec son incompréhensible sourire — Thérèse de l’Enfant Jésus…
Georges Bernanos, in Jeanne relapse et sainte

« Il n’y a qu’une seule tristesse, celle de ne pas être saint ».
Léon Bloy

Parmi les fêtes dites d’obligation, la Toussaint n’a plus l’air majeur. Pourtant, les tentatives païennes “halloweenesques” n’en sont pas venues à bout. C’est heureux ! À quelques semaines de l’hiver, alors que le vent « corne novembre » (Verhaeren) [1], que les moissons et les vendanges sont terminées, les semailles enfouies, le cœur de l’automne offre une fête qui parle à tous.
Même dans une France malmenant le temps social, France qui vend son dimanche après avoir tenté d’avorter de son lundi de Pentecôte, la Toussaint, fête de l’espérance chrétienne, de l’approche humaine du deuil,1er novembre au cœur des vacances scolaires du même nom, continue d’être toujours fériée et chômée comme si le Concordat de 1802 n’avait pas été rompu unilatéralement en 1905.

Une fête qui résiste

Admettons-le, malgré sa forte identité chrétienne, la fête de tous les saints résiste plutôt bien, n’a pas encore eu trop à subir les assauts des laïcistes. Les tombes fleuries et les églises remplies de fidèles, ne leur en déplaise, ne relèvent pas entièrement du folklore ou de la naïveté. Les faits sont têtus : l’homme « sait qu’il meurt » (Pascal) [2], sait que ses yeux se rempliront d’ombre, mais comme le chante le poète, « ouverts à quelque immense aurore/ De l’autre côté des tombeaux/Les yeux qu’on ferme … voient encore » (Sully Prudhomme) [3].

L’on n’ignore plus que des dirigeants politiques faisant état publiquement de leur athéisme, ont dans l’idée de supprimer des jours chômés issus de fêtes chrétiennes, comme l’Ascension ou la Pentecôte. Certains veulent les remplacer par d’autres fêtes religieuses non chrétiennes au premier rang desquelles certaines fêtes musulmanes, au nom de l’égalité des religions dans une France pas assez laïque à leur goût. Mais ce n’est pas encore fait.

En Europe aussi les fêtes chrétiennes sont menacées. Pour proclamer une fête internationale de l’Europe chômée dans toute l’Union, il faudrait toucher au patrimoine des États membres, donc supprimer un jour férié existant… Fragile lundi de Pentecôte, tes jours sont-ils comptés ?

Devrait-on, observant la peau de chagrin que sont devenus les chrétiens, se ranger alors à la conclusion défaitiste d’Arnaud Join-Lambert qui écrit dans Études que « les fêtes chrétiennes sont appelées à muter dans l’Europe ultramoderne à venir » ? que « les Églises ne peuvent pas tout maintenir de leur patrimoine gigantesque et omniprésent provenant de la situation de chrétienté » [4] ? Ce serait vrai s’il n’y avait sursaut. La Nouvelle évangélisation appelée par Jean Paul II revient sur le devant de la scène et Benoît XVI, après lui avoir consacré un tout nouveau dicastère, annonçait déjà qu’elle serait l’objet d’un synode qui se déroula en novembre 2012.

Le progrès des fêtes chrétiennes

Maintenir les fêtes chrétiennes ? Les célébrer avec une liturgie « plus substantielle » selon le vœu de Joseph Ratzinger dans l’Esprit de la liturgie [5] ? Une nécessité certainement, ou alors, comme nous ne le voyons que trop déjà, le temps de l’homme sera condamné à n’être plus humain, ce temps doublement rythmé par le dimanche et les fêtes, « temps historique qui avance vers les Noces de Dieu et du monde, de l’histoire et de l’univers, de la matière et de l’Esprit » (L’Esprit de la liturgie).

Les fêtes non chrétiennes — osons l’affirmer — ne remplaceront jamais les fêtes célébrées par un christianisme qui « a absorbé l’héritage des religions du monde, un héritage purifié et illuminé dans le culte du Dieu unique » (id.). Ne pas reconnaître ce dépassement inouï, c’est tout bonnement régresser en une éclipse d’intelligence dramatique.

La fête de la Toussaint révèle le génie du christianisme de manière éblouissante avec son cortège de bienheureux, sa « foule immense » dont fait état l’Apocalypse, « Église des premiers-nés[qui] nous attend », « des saints[qui] nous désirent », « des justes[qui] nous espèrent » [6].

Comme toutes les fêtes, la Toussaint est mesure du temps de l’homme, mesure de sa vie. Le futur pape avertissait : « Les dates des grandes fêtes chrétiennes ne sont pas interchangeables à volonté. Le calendrier liturgique nous fait participer au rythme de la création, qui est aussi celui de l’économie divine. » Encore faudrait-il que l’homme de nos temps hypermodernes écoute battre son cœur, soit sensible au rythme fondamental de sa vie, à son rythme intérieur comme à celui du cosmos.

« Le temps de la liturgie a pour but de ramener le temps dans les mains de Dieu » écrivait encore Joseph Ratzinger. La fête de la Toussaint, communion avec ceux qui vivent le dimanche qui n’aura pas de fin, se dresse plus essentielle que jamais devant la face des Modernes oublieux de leurs fins dernières.

« Chers frères et sœurs, l’appel à la sainteté est pour tous et il faut le recevoir du Seigneur avec un esprit de foi. Les saints nous encouragent par leur vie et leur intercession auprès de Dieu, et nous, nous avons besoin les uns des autres pour nous sanctifier. Aidez-nous à devenir des saints ! Ensemble, demandons la grâce d’accueillir avec joie cet appel et de travailler unis pour la mener à la plénitude. À notre Mère du ciel, Reine de tous les saints, nous confions nos intentions et le dialogue à la recherche de la pleine communion de tous les chrétiens, pour que nous soyons bénis dans nos efforts et parvenions à la sainteté dans l’unité ». Pape François 1er novembre 2016
« La sainteté est le visage le plus beau de l’Église. Mais même en dehors de l’Église catholique et dans des milieux très différents, l’Esprit suscite « des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du Christ ». D’autre part, saint Jean-Paul II nous a rappelé que « le témoignage rendu au Christ jusqu’au sang est devenu un patrimoine commun aux catholiques, aux orthodoxes, aux anglicans et aux protestants . Lors de la belle commémoration œcuménique qu’il a voulu célébrer au Colisée à l’occasion du Jubilé de l’an 2000, il a affirmé que les martyrs sont un « héritage qui nous parle d’une voix plus forte que celle des fauteurs de division ».Pape François, Gaudete et exsultate

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[1] Emile Verhaeren, Les Villages illusoires, « Le Vent ».
[2] Pacal, Pensées, « Le roseau pensant ».
[3] Sully Prudhomme, Stances et poèmes.
[4] Arnaud Join-Lambert, « Quel sens pour les fêtes chrétiennes ? », revue Études, mars 2010, tome 412-3.
[5] Cardinal Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001,
[6] Saint Bernard de Clairvaux, Homélie pour la Toussaint.

Vous avez dit responsable... - Edito septembre 2019

VOUS AVEZ DIT RESPONSABLE…

« Les jeunes sont ma préoccupation majeure. Certains d’entre eux peinent à trouver une orientation qui leur convienne ou souffrent d’une perte de repères dans leur vie familiale. D’autres encore expérimentent les limites d’un communautarisme religieux. Parfois marginalisés et souvent abandonnés à eux-mêmes, ils sont fragiles et ils doivent affronter seuls une réalité qui les dépasse. Il est donc nécessaire de leur offrir un bon cadre éducatif et de les encourager à respecter et à aider les autres, afin qu’ils arrivent sereinement à l’âge responsable. L’Église peut apporter dans ce domaine sa contribution spécifique »
BENOIT XVI, palais de l’Elysée, 12 septembre 2008.

« Pour être choisie et appréciée, il faut que l’intention pédagogique de l’école catholique soit connue ; il est nécessaire que l’on possède non seulement une conscience mûre de son identité ecclésiale et de son projet culturel, mais aussi de sa signification civile, qui doit être considérée non comme la défense de l’intérêt d’un parti, mais comme une contribution précieuse à l’édification du bien commun de la société tout entière »
BENOIT XVI, 4 novembre 2008

Une année se termine, une autre recommence. Et à nouveau, nous nous faisons en faisant…avec pour certains dont je fais partie l’extrême conviction que rien ne s’achève et que tout est dans la continuité d’un projet sans cesse repensé et sans cesse en évolution.

Que de merveilles accomplies par chacune et chacun tout au long de l’année !

En particulier celle d’être responsable.
Je n’ai pas de définition de la responsabilité, mais c’est le mot Responsable qui m’intéresse. Etymologiquement, ce mot renvoie à réponse. Etre responsable c’est tout d’abord répondre à un appel. Nous ne devenons pas responsable par coup d’Etat, par force, par violence, par prise d’otages, par manipulation ou par chantage. Nous sommes appelés à être responsable, c’est-à-dire capable de répondre à cet appel et par la suite, de répondre de son action au sens où l’on dit qu’on « répond de ses actes ». Etre responsable, c’est mettre son autorité au service d’un projet, c’est exercer son autorité pour permettre à autrui d’être auteur, c’est-à-dire d’inventer, de faire, d’innover, de rêver et de réaliser au bout de son espérance, de ses doutes aussi parfois, le projet qu’il a cru inaccessible.

Et puis être responsable, c’est accepter à un moment de rendre compte de l’exercice de sa responsabilité, c’est donc accepter d’être confronté, d’être questionné ; c’est accepter de ne pas avoir la parole ultime sur toute chose, c’est accepter la parole de l’autre comme dérangeante et pas systématiquement malveillante… écueil quotidien sur lequel on risquerait- à n’y pas prendre garde- de se blesser par orgueil, aveuglement, bêtise ou tout simplement manière d’être. Etre responsable, c’est par définition être humble. Mais ce n’est pas douter à chaque instant de ses décisions, de ses convictions ; la responsabilité n’est pas faite d’une somme d’hésitations. Prendre une responsabilité, c’est toujours prendre des risques venus de ses propres actes et de ceux des gens placés sous l’autorité ou la tutelle de celui qui les prend.

Que l’on soit Evêque (Ordinaire du lieu, responsable de l’Enseignement Catholique de son diocèse au sens des canons 800 à 806 du Code de Droit Canonique), Directeur Diocésain, Délégué de Tutelle, Chef d’Etablissement ou APS, Prêtre référent, Président d’Ogec ou Président d’APEL, c’est notre lot quotidien.
Et pour ma part, et je sais combien je ne suis pas seul à fonctionner de cette manière, je demande toujours à l’Esprit Saint de présider aux décisions à prendre, qu’elles soient enthousiasmantes, riches ou difficiles et parfois dérangeantes. Etre responsable, c’est, pour le bien commun, savoir aussi dire non. Savoir dire « non » …sachant qu’il n’y a pas de paix sans justice ni de charité sans vérité.

« Seigneur, fais de nous des artisans de paix, Seigneur, fais de nous des bâtisseurs d’amour ! »

 

Et après… - Edito mai 2019

ET APRES…….

Dimanche de Pâques, lundi de Pâques, mardi de Pâques, tout devrait avoir changé, pourtant il semble que le monde continue et s’obstine. Attentats, accidents, procès, expulsions, menaces, rumeurs, accusations, calomnies, mensonges, règlements de comptes, tricheries, veulerie, bouderie, lâcheté, maladie, mort, larmes et colère…mais aussi larmes au poing.
Qu’a donc changé la Résurrection ? Rien, tout. Comme d’habitude.
Et nous, sommes-nous comme d’habitude ? Ou bien grisés par la grande nouvelle, brûlant d’envie de la faire partager avec le reste des humains ? Avons-nous été tellement perturbés par les attaques contre notre Église, contre notre saint père le Pape, contre nos évêques, contre nos prêtres, que nous en avons perdu le sens de la vraie Joie ?
Ce n’est pas tant que le reste, notre vie et celle de nos contemporains n’aient plus d’importance, mais qu’elles prennent sens, un sens nouveau, définitif, éternel.
Tendons vers les réalités d’en haut nous demande Paul. Alors que nous fouissons celles d’en bas où nous trouverons surtout des raisons de baisser les bras, de douter, de renoncer. C’est curieux, cette propension que nous avons à être obnubilés par nos racines à fouiller la terre pour trouver des nourritures plus subtiles, plus abondantes. Alors qu’on nous attend dans la canopée.
Même parmi nous, il s’en trouve qui font reproche à ceux qui prient sans cesse de ne pas assez s’occuper des choses et des gens. Comme si prier c’était délaisser ceux qui n’ont rien. Marthe, Marthe, Marie, Marie ! …
Une équipe sportive qui ambitionne une coupe, un championnat, un titre, s’y prépare, s’entraîne, consent sacrifices et heures perdues en vue de ce seul but. Un étudiant qui a besoin de tel diplôme pour accéder au métier qui lui plaît fait l’impasse sur la télévision, le café à la terrasse, la soirée étudiante du jeudi, les sorties, les distractions, car il sait que le succès ne dépend que de lui. Et nous qui ambitionnons une coupe infiniment plus difficile, quels renoncements consentons-nous ? Quelle attention portons-nous à la préparation de notre grand oral ?
Je sais bien, chaque fois que j’écris ce genre de choses, il s’en trouve un qui me répond : jansénisme, auto flagellation, et autres qualificatifs moins aimables. S’ils ont la foi tranquille, la certitude d’en faire assez (que je crois plutôt être la quiétude de penser que le Christ a fait tout le boulot pour eux et qu’ils attendent à l’ombre de leur clocher ou dans le confort des bureaux climatisés ou simplement tapis dans l’arrière-cuisine de la bonne conscience) tant mieux. (Attention Aillet, on ne sait à quel dard tu t’exposes encore, mais tu t’exposes quand même encore…) En tout cas, à relire l’Évangile, les épîtres, les témoignages des saints et des martyrs, on réalise l’ampleur de ce qui nous reste à faire, je veux dire chacun de nous et non un autre à notre place.
Et puis il s’en trouve d’autres, surtout ces temps-ci, pour proposer d’aller guerroyer contre ceux qui s’en prennent à l’Église, au Saint Père, répondre à l’insulte par l’insulte, sortir l’épée du fourreau alors que plus personne ne sera là pour recoller les oreilles.
Dans la sérénité de Pâques, le Saint Père, depuis le balcon où lui et ses prédécesseurs n’ont jamais parlé de rien d’autre que de Dieu, a annoncé au monde la Résurrection et rien d’autre, il a prié pour la Paix et rien de plus. Au grand désarroi des journaux qui le prennent pour un chargé de communication, un mis en examen, un repris de justice. Alors qu’il est chargé de témoigner, et seulement épris de justice.
A son exemple, allons notre chemin, joyeux et réconfortés, annonçant au monde troublé, au monde ignorant, au monde féru de fantastique et toujours déçu quand il s’en produit, que le Christ est mort, ressuscité, « Christ est ressuscité alléluia ! Il est vraiment ressuscité », vivant et que c’est cela qui nous rend tels.
Et si nous sommes, dans la ville où nous habitons, attentifs aux petits, soucieux de contempler, prier, lire la Bible, sourire, partager, la ville deviendra plus vivable, et, par elle, le monde. Urbi et orbi.
La nouvelle évangélisation pour les nuls, elle s’adresse à nous tous !!!

 

Marchons du pas de l’âne… - Edito avril 2019

Marchons du pas de l’âne….
Le père curé, vêtu d’une belle chasuble rouge marchait derrière huit enfants de chœur dont l’un portait une grande croix. A leur suite, nous quittions la cour du presbytère pour marcher jusqu’à l’église. Nous chantions, avec un net décalage entre la tête de la procession et la queue, un chant latin dans lequel on reconnaissait « Hosanna » et « filio David ». Des passants, surinformés, cherchaient le dénommé Williamson, et nous prenaient pour des intégristes. Heureux sommes-nous si on dit toutes sortes de choses erronées…
Il y avait là le troupeau habituel de familles et de personnes âgées, de louvettes et louveteaux, de guides et de scouts ,d’Etudiants et Jeunes Pro ,de vieillards en chaise roulante, essayant de ne pas laisser échapper le maigre rameau de buis tavelé qu’on leur avait mis dans la main, d’enfants tout joyeux de s’agiter sans qu’on les réprimande, de retardataires satisfaits de passer inaperçus, de routiniers inquiets de ne pas retrouver « leur » place dans les travées : des gens ordinaires, en un cortège extraordinaire.
Le père curé n’était pas juché sur un âne, mais nous marchions tels des équidés paisibles, brandissant nos rameaux comme si c’étaient des chardons qu’on se réservait pour le dessert.
La religion avait quitté, l’espace d’un instant la sphère privée où l’on tolère qu’elle se tienne, à condition de n’y pas faire de remous. Pas de cordon de CRS ni la Police Municipale, nul ne craignait qu’on saccage une pharmacie sous prétexte qu’on y vend des étuis en latex. Les paroissiens ne jetaient pas leurs manteaux devant le cortège, il faisait tellement beau qu’on les avait remisés….
La même foule, il y a mille neuf cent quatre-vingt-six ans, acclamait le Christ. Certains parce qu’ils pensaient qu’il allait restaurer la royauté en Israël, d’autres parce qu’ils l’avaient vu guérir les malades, d’autres parce qu’une foule suscite toujours des suiveurs.
Mais rien n’est plus versatile qu’une foule. La même acclame dimanche qui réclame la mort vendredi. La même applaudit le Pape qui le conspue quand quelques-uns s’y mettent. Comme tous les chiens d’un quartier aboient quand un seul a cru voir un facteur.
Nous passons si vite de l’espérance à la peur, de la confiance au doute ! Sans savoir si ce qui nous effraie est réel, a des chances de se produire, nous menace vraiment. Toujours, nous préférons savoir Barrabas en liberté : aucune chance d’être déçus par lui. Quand un criminel récidive, c’est la justice qui est mal faite. Quand un Saint ne résout pas nos petits ou nos grands embarras tout de suite, c’est qu’il ne vaut pas la peine qu’on l’invoque.
Un ancien maître de l’Ordre des dominicains, connu pour avoir une parole forte, piquante, drôle, encourageante, publiait il y a quelques années un texte qui répondait à la question « Pourquoi rester ? », sous entendu, dans l’Église. On lui rétorquerait volontiers « Pourquoi partir ? » mais on craindrait qu’aussitôt le coq se mette à chanter. Y a-t-il plus de grandeur à partir qu’à rester, plus de certitudes ?
Ou bien convient-il de marcher avec le petit troupeau, avant de tendre nos pieds sales pour qu’on les lave ? De quel droit exigeons-nous que l’Église soit parfaite quand nous ne le sommes pas tellement ? La seule religion qui mène à l’éternité est-elle à l’aune de notre âme ? Quand nous aurons testé d’autres chapelles, jusqu’à la nôtre où nous officierons seul et auto satisfait, comme autant de supérettes où l’on achète ce qu’on aime, jusqu’à ne vivre que sur les produits de notre potager domestique, nous porterons-nous bien mieux ?
Marchons avec le Christ vers la Pâque, et s’il faut choisir un rôle, un rang, des accessoires, soyons cet âne paisible, qui ne crie ni ne geint, se contentant de porter le Christ jusqu’à destination. Bourricots têtus et indociles, mais sachant accomplir humblement la tâche qui nous incombe.
Il y a plus de satisfaction à suivre qu’à divaguer. Plus de mérite à se taire qu’à braire. Marchons, du pas de l’âne.

 

« Un monde gagné pour la Technique est un monde perdu pour la liberté…. - Edito mars 2019

« Un monde gagné pour la Technique est un monde perdu pour la liberté…. Si vous êtes trop lâches pour regarder ce monde en face afin de le voir tel qu’il est, détournez les yeux, tendez les mains à ses chaînes ». Georges Bernanos La France contre les robots 1945

La funeste mode du cognitivisme1 pose comme postulat que l’intelligence humaine avant toute autre chose est un mécanisme qui sert à instruire de l’information au même titre qu’un ordinateur.
Depuis ces dernières décennies, s’est imposée une série de concepts néfastes – société de l’information, société de la connaissance, société de l’apprentissage, etc – qui assument les thèses cognitivistes derrière lesquelles se cache la considération de l’esprit humain comme une sorte de processeur de données. Selon cette déplorable conception, il existerait deux types de connaissances : la connaissance fonctionnelle, qui est réservée à une caste supérieure de programmateurs ; et la connaissance de signes, que partagent les ordinateurs et les usagers. Et on attend des usagers les mêmes performances que les ordinateurs : une réaction automatique face à des informations déterminées ou stimulations qui les distinguent comme personnes « aptes » et « initiées » pour affronter les défis que leur offre notre époque. La connaissance profonde et vraie des choses n’a plus d’importance ; il suffit que nous sachions instruire correctement les données. De cette manière-là, on accepte que le comportement humain puisse être « programmé » de la même façon que les machines au moyen d’algorithmes.
Ainsi notre relation au monde est la même que celle que nous avons avec un lave-linge, ou micro-onde dont on peut faire usage en lisant la notice d’emploi. Mais, de même qu’un lave-linge ou un four micro-onde endommagé nous résulte être une vieillerie hors d’usage et sans utilité, le monde nous semble être un manège de banalités et d’étourdissements s’il nous manque la clé essentielle pour son interprétation. Cette clé, nous ne pourrons la trouver que par sa contemplation et son étude, comme nous l’enseignait Aristote. Pour le cognitivisme en revanche, la connaissance est un simple moyen pour renseigner des informations et une « habileté » à les exécuter. Inévitablement. Ainsi, l’éducation se convertit en une espèce de coaching dont l’objectif ultime n’est autre que de modeler des personnes entrainées à diverses « compétences » techniques et émotionnelles qui facilitent leur insertion sur le marché du travail.
Et les écoles (comme les universités) se transforment fatidiquement en des centres de sélection de personnels où l’on ne nourrit plus l’appétit de savoir, mais où on oriente les élèves ou les étudiants vers ces espaces de l’économie qui favoriseront leur employabilité. Ainsi, la transmission culturelle prend le train des camps où elle reste parquée dans les couloirs de la mort, pour n’avoir à former que des entrepreneurs (ce terme est terriblement cynique), flexibles et adaptables, toujours prêts à la mobilité géographique, qui n’auront aucune formation ni philosophique ni gréco-latine ni artistique, ni des belles lettres ; en revanche ils parleront anglais, novlangue, informatique et « éducation financière », langages qui intéressent purement et simplement « le marché du travail ».
C’est ainsi que l’on transforme l’éducation en une espèce d’atelier cognitif pour le dressage de la future main d’œuvre.
Nous devons nous rebeller contre cette tendance. Nous ne pouvons pas admettre que nos enfants et les enfants de nos enfants soient convertis en dociles récepteurs de consignes -proches du dressage- qui garantiront leur efficience économique. Nos enfants doivent avoir un jugement critique sur notre monde et pour former ce jugement, ils ont besoin de se cultiver dans des disciplines qui n’ont pas d’immédiate traduction économique (mais qui, quand elles manquent, nous transforment en parias ignorant de leur généalogie spirituelle, en masse crétinisée et facilement manipulable). Il n’échappe à personne que ces techniques cognitives deviennent ou résultent extrêmement rentables pour les tyrans du moment (GAFA &SONS) qui changeant les êtres humains en simples processeurs de données les peuvent à temps et contretemps modeler ensuite dans l’assimilation automatique des idéologies en vogue ; mais l’école n’est pas faite pour former les janissaires d’aucune idéologie, ni pour satisfaire les injonctions du marché. Il n’échappera pas non plus à personne que ces technologies nouvelles convertissent nos enfants en êtres sans enracinement et qui n’ont plus qu’à se flétrir, en grimaces égarées dans l’immensité d’un monde lugubre et enténébré. Ainsi, les tyrans de notre temps fomentent le funeste individualisme et rendent les nouvelles générations incapables de créer des entreprises collectives, imperméables à tout modèle d’économie participative et communautaire ni donc de prendre des engagements communs qui sont le propre des minorités créatives.
Il y a plus de cent ans, l’écrivain espagnol Azorin nous offrait une définition parfaite de l’individualiste que les techniques cognitives sont en train de transformer en prototype de l’homme contemporain. : « Quelqu’un qui n’a pas le sens du social intégral, qui ne sent pas la tradition, l’Histoire, l’art ni même les paysages de sa patrie. Quelqu’un qui est incapable d’abnégation et de sacrifice, que les appétits futiles et les passions dominent, quelqu’un qui va directement et violemment à son but, sans que ne l’effleure l’idée d’une solidarité sociale et qu’aucun lien n’attache à sa patrie ».

« Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner ». G. Bernanos.

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1- Le cognitivisme est un courant de la recherche scientifique concernant le domaine des capacités à connaître, agir, parler, qui s’est amorcé au milieu du XXe siècle et se poursuit activement de nos jours. Le cognitivisme utilise et synthétise en un corpus original des disciplines diverses qui vont de la logique algébrique à la neurobiologie en passant par la linguistique et la psychologie ou encore la cybernétique (dont il faut rappeler qu’elle a été une source d’inspiration pour la pensée transhumaniste) et l’informatique.

 

Saint et beau Noël ! - Edito Décembre 2018

Saint et beau Noël !

En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint Esprit, et il dit: « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père, ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. Et, se tournant vers les disciples, il leur dit en particulier : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu ». Luc 10.21-24

A la veille de Noël, tous les ans, je repense à cette parole, si souvent exprimée dans les Evangiles. Une interprétation inique en a prétendu présenter la foi et la raison comme deux sphères dissociées et incompatibles : les mystères de la foi demeurent ainsi réduits à une pacotille de superstitions idiotes, qui font le garde-manger des gens crédules et influençables, bigotes et grenouilles de bénitier dans le sens malveillant de l’expression.

Mais qui sont donc ces gens simples, ces enfants, ces sages et ces intelligents dont parlent les Evangiles ? Jésus savait parfaitement bien que parmi ses disciples il y avait des gens instruits, des doctes et des savants, habitués au travail intellectuel, à qui ces « choses » n’avaient pas été cachées : jusqu’à la grotte de Bethléem trois mages d’orient avaient « péleriné » pour l’adorer ; et le pharisien Nicodème, ou Joseph d’Arimatie, membres tous les deux du Sanhédrin, je ne crois pas qu’ils fussent précisément des hommes à l’esprit rustique ou gens ignares. Par « simplicité », Jésus devait se référer à quelque chose de bien différent à ce que la vanité intellectuelle conjecture ou prétend.

Dans un autre passage des Evangiles, nous trouvons cette autre parole de Jésus qui peut nous aider à comprendre : « En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ? Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit : Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. C’est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. » Matthieu 18.1-4.
Autrement dit « être simple » équivaut à « devenir enfant ! » s’écrie immédiatement l’homme obèse et boursoufflé de sa raison. La foi est puérile, le propre d’esprits rudimentaires et taillables à merci, que l’on peut facilement leurrer avec des fables et des mensonges. Pourtant, et l’actualité sur le « massacre des innocents »( les enfants à naître), la banalisation de l’infanticide, l’apologie de l’inversion, la dénaturation du mariage , le détournement de l’adoption ,l’euthanasie et l’assistance au suicide si bien relayés par le planning familial et distillés dans les programmes d’éducation par Madame Schiappa en est un extraordinaire aveu ; les fables et les mensonges ont toujours trouvé meilleur écho chez les esprits « rationalistes » ; et plus les degrés de sophistication, de réflexion tordue et de thèses alambiquées sont élevés, plus leur propension à ourdir et tramer des idéations insensées et machiavéliques est démesurée. Ils ont donné le « la » un certain vendredi Saint et pourtant, tous les ans le Christ rédempteur annonce un nouveau monde dans une crèche, la nuit de Noël.

Les maîtres à agir de ces esprits veulent à la suite d’Hérode puis Néron, les encyclopédistes, Robespierre et consorts, Hitler, Staline, Mao , les loges maçonniques et les chantres du Nouvel Ordre Mondial, inspirés par une diabolique folie destructrice de l’humanité, rejoindre le cortège de ces apprentis sorciers, de ces « médecins maudits » qui comme le disait Hannah Arendt ont labellisé « la banalité du mal ». Ils nous gouvernent aujourd’hui, ils gouvernent le monde et le gouvernant le détruisent.
« Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption, souligne Pierre Bergé, à la manifestation « pro-mariage pour tous » président du Sidaction et fondateur de Têtu. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence? C’est faire un distinguo qui est choquant ». […] »
« Un hétéro une balle, une famille une rafale », voilà des slogans qui s’affichent sur les pancartes de manifestants pacifistes, écologistes, socialo-communistes, LGBTTQQIAPP , que ne réfuteront pas les antispécistes et autres militants du « grand remplacement », et sont un appel à renouveler d’une autre manière « la nuit des Longs Couteaux » sans que la « pensée dominante » ne trouve rien à redire. Ces pancartes montrent que l’insulte, la haine sont bien ancrées (et permises !) au sein des lobbies.

Un enfant peut croire à pieds-joints en un lointain pays peuplé de fées et korrigans ; mais en aucune façon il ne pourrait penser que ce pays de fées et de korrigans soit accessible en brandissant la lutte des classes, la lutte des races, la lutte des civilisations, la lutte des générations, la lutte des sexes ou le « marché libre » des ventres ; ces chimères sont sans doute propres à des esprits adultes. Si personne n’a pu démontrer l’inexistence d’un lointain pays peuplé de fées et de korrigans, d’ailleurs tout à fait improbable, l’existence d’un paradis terrestre conquis grâce aux luttes précédemment énumérées est, grâce à Dieu, ses Saints et les Anges, demeuré surabondamment réfutée par la réalité ; et malgré cela, de nombreux « sages » continuent de croire au garde à vous à de pareilles entéléchies, que nous aimerions qualifier de blagues, si elles n’avaient pas – comme l’Histoire l’a hélas démontré – accouché de tant d’atrocités, de génocides et d’horreurs dont les camps de la mort nazis ou communistes sont les avant – derniers ignominieux héritages.

Qu’est-ce qui distingue alors l’esprit simple d’un enfant de l’esprit complexe d’un « sage » ?
Non pas, assurément, sa plus ou moins grande crédulité, mais son refus des abstractions glaciales, son attachement aux choses concrètes et palpables. Un enfant peut croire sans trouble ni embarras à l’existence d’une merveilleuse fiole qui enferme en son sein un génie ; seul un « sage » peut vouloir faire en sorte que ce génie se répande dans l’univers, comme une espèce de divinité panthéiste.
L’enfant- ou celui qui « devient comme les petits enfants » – croit que ce qui est le plus mystérieux et sacré peut se trouver dans les plus petites choses ; et par conséquent, il s’escrime à le chercher avec bonheur au milieu de ses jouets, ou entre les galets de la plage à marée-basse.

Le « sage », au contraire, tend à croire, avec son habituelle propension généralisatrice, que ce qu’il y a de plus mystérieux et sacré est inaccessible, surhumain, épuisant, dédaigneux des limites du temps et de l’espace ; et par conséquent, il finit par conclure que, ou sa quête doit se conformer à être spéculative, ou bien il abandonne la recherche. C’est pour cela que l’enfant – ou celui qui le redevient- peut comprendre sans scandale que les mains qui ont créé le soleil et les étoiles sont les petites mains engourdies d’un Enfant nouveau-né dans une mangeoire qui se tendent vers sa maman.

Au contraire, celui qui est « sage » – ou qui prétend le devenir – tendra à se faire une « idée » sur un nouveau-né et une autre « idée » sur la force inconnue qui a créé le soleil et les étoiles ; et les deux « idées » lui paraitront contraires et inconciliables.
La foi, en somme, est le contraire d’une « idée ». Avec des idées on peut expliquer des notions abstraites et désincarnées ; la foi a besoin de s’incarner en des choses aussi fragiles et menues qu’un Enfant qui babille dans une mangeoire. Voilà les choses que les « sages » ne peuvent ou ne veulent voir et que Dieu révèle aux « simples ».

Heureux et Saint Noël !

 

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » - Edito Septembre 2018

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ».
Saint Paul (1 Co 12,26)

L’un des traits les plus marquants du Pape François est sa croyance obstinée et indéfectible en l’existence de Satan. Il n’est pas une semaine où il ne se réfère à cet Ennemi du genre humain, ou à ses œuvres malignes dans chacun de ses sermons… Et il ne se réfère pas à lui comme s’il s’agissait d’une abstraction (un mal abstrait qui pullule par ci par là, comme un pet cosmique ou une émanation de gaz), mais toujours d’une façon personnelle, comme il est certain le faisait Jésus, dont la vie publique fut toujours épiée par Satan, depuis sa retraite dans le désert jusqu’à Gethsémani. De telles références ou mentions papales font grincer des dents la sensibilité contemporaine, qui juge que l’existence de Satan relève d’une superstition infantile ou qui confond le diable avec un Mal abstrait rivalisant à égalité de conditions avec un Bien tout aussi abstrait, engageant une lutte irrésoluble et, pour autant banale  ( c’est ainsi que s’explique par exemple, que la pensée et l’art contemporains n’aient plus ni drame, ni conflit en son sein et se soient convertis en carcasses vides, un art et une pensée sans excellence).

Naturellement, l’insistance papale dans ces mentions est communément passée sous silence ou pour le moins éludée par les « medias » d’endoctrinement de masses, qui de cette façon confirment leur acharnement à offrir une image fragmentée et distortionnée de notre Saint Père qu’ils souhaitent récupérer à des fins inavouables.

Charles Baudelaire (peu suspect de grenouiller dans les bénitiers) dans son journal intime écrivait : « La plus belle ruse du Diable est de nous persuader qu’il n’existe pas. » Et une telle astuce n’a jamais récolté autant de succès qu’aujourd’hui. Il n’y a pas que les sceptiques pour qui c’est une habitude qui nient son existence ; même parmi les chrétiens, il est fréquent d’en croiser pour qui l’existence du diable est une fable dérisoire, bonne à faire parler les gens incultes, influençables et irréconciliables avec l’existence d’un Dieu miséricordieux. Il en est même qui, vêtus des oripeaux de la bonne conscience servile et aseptisée à la mode N-O-M ( Nouvel Ordre Mondial), s’insurgent contre l’Eglise parce qu’elle ose dire du mal du mal. Or, lorsque l’Eglise du Christ est sujette à la raillerie, au lynchage médiatique, à la persécution, c’est chaque baptisé qui se sent attaqué et blessé et qui ne peut pas utiliser les armes de l’adversaire. « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même ». (Vatican II)

« On ne réforme l’Eglise qu’en souffrant pour elle, on ne réforme l’Eglise visible qu’en souffrant pour l’Eglise invisible. On ne réforme les vices de l’Eglise qu’en prodiguant l’exemple de ses vertus les plus héroïques. Il est possible que saint François d’Assise n’ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats. Il est même certain qu’il en a plus cruellement souffert, car sa nature était bien différente de celle du moine de Weimar. Mais il n’a pas défié l’iniquité, il n’a pas tenté de lui faire front, il s’est jeté dans la pauvreté, il s’y est enfoncé le plus avant qu’il a pu, avec les siens, comme dans la source de toute rémission, de toute pureté. Au lieu d’essayer d’arracher à l’Eglise les biens mal acquis, il l’a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d’or et de luxure s’est mis à fleurir comme une haie d’avril. Oh! Je sais qu’en de tels sujets, les comparaisons ne valent pas grand-chose, surtout lorsqu’elles ne sont pas exemptes d’une pointe d’humour. Me serait-il permis de dire pourtant, afin d’être mieux compris par certains lecteurs, que l’Eglise n’a pas besoin de critiques mais d’artistes?… En pleine crise de la poésie, ce qui importe n’est pas de dénoncer les mauvais poètes ou même de les pendre, c’est d’écrire de beaux vers, de rouvrir les sources sacrées. L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints ». Georges Bernanos (Frère Martin, in « La Vocation spirituelle de la France »

Il arrive cependant que ces mêmes qui nient l’existence du démon, lorsqu’ils prétendent localiser l’ultime instance du Mal dans les complots secrets qui gouvernent le monde, ont besoin de recourir à de grotesques théories conspiratives et à des complots d’ampleur et d’étendue universelle, planifiées par des organisations ultrasecrètes. Et comme le dit Fabrice Hadjadj dans son magnifique essai sur La foi des démons : « C’est la part de vérité que contiennent les très fausses théories du complot. Elles prétendent localiser ultimement le mal dans les ourdissages secrets, avérés ou imaginaires de quelque communauté humaine : protocoles des sages de Sion ou Franc-maçonnerie, Opus Dei ou Al-Qaïda…Quelle candeur ! Elles oublient de remonter à une conspiration plus secrète encore et plus tentaculaire, c’est-à-dire angélique ».

« Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. Si nous le demandons avec confiance au Saint Esprit, et que nous nous efforçons en même temps de le développer par la prière, la réflexion, la lecture et le bon conseil, nous pourrons sûrement grandir dans cette capacité spirituelle. (Gaudete et exsultate, exhortation apostolique du Saint Père François n°166).

En ce début d’année scolaire, « Demandons au Seigneur la grâce de ne pas vaciller quand l’Esprit nous demande de faire un pas en avant ; demandons le courage apostolique d’annoncer l’Évangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. De toute manière, laissons l’Esprit Saint nous faire contempler l’histoire sous l’angle de Jésus ressuscité. Ainsi, l’Église, au lieu de stagner, pourra aller de l’avant en accueillant les surprises du Seigneur » .(Gaudete et exsultate, exhortation apostolique du Saint Père François n°139).

Belle année scolaire !