« Celui qui ne sait pas ce qu’est le monde ne sait pas où il est. Celui qui ne sait pas pourquoi il est né ne sait pas ce qu’il est, ni ce qu’est le monde. Mais celui qui a négligé une seule de ces questions n’est pas même en état de dire pourquoi il est né. »
Marc Aurèle- Pensées pour moi-même- Livre VIII- art, LII

Dans l’esprit de ce que formule avec grandeur et sagesse l’empereur et philosophe Marc Aurèle, la DDEC de Vaucluse propose aux enseignants une formation spécifique qui ouvre le champ d’une réflexion large sur la place de l’homme dans notre univers. Notre formation s’est déroulée d’octobre 2018 à mars 2019 et a permis aux enseignants de revisiter les fondements de la christologie, de l’ecclésiologie, mais aussi une approche anthropologique sur fond d’une lecture des textes bibliques en lien avec l’intemporel de notre condition humaine. Humanité appelée au céleste par l’intersession du Christ, dont Saint Jean nous dit qu’il est « le chemin, la vérité, et la vie » in Jean 14-6.
La qualité des intervenants était remarquable et nous avons pu entendre ce que nous n’entendons que trop rarement, le lien inconditionnel entre foi et raison. En effet, c’est à l’ombre de la philosophie des lumières que s’est opérée la disjonction entre foi et raison. Nous devons à E. Kant, père des « lumières », cette rupture radicale entre le rationnel et le croire (Glauben). Pour ceux qui voudraient aller plus loin dans la lecture de cette rupture systémique et ontologique chez Kant, nous les invitons à lire ou à relire la préface de la seconde édition de « la critique de la raison pure »*
Nous avons pu voir et entendre que la raison humaine, au contraire des thèses kantiennes, éclaire la foi pour lui montrer, certes des infinis encore renouvelés, mais aussi des univers de connaissances dont l’ensemble des sciences et des sciences humaines balisent le chemin.
Il était intéressant de comprendre dans cette formation proposée par la DDEC du Vaucluse que le champ des sciences humaines est un éclairage incontournable pour une compréhension de ce qu’est l’homme dans l’univers.
La philosophie se nourrit toujours de ce qu’elle n’est pas et elle va chercher dans les autres disciplines ce qu’elle intègre finalement à son champ de réflexion.
Il n’y a donc pas de limite à cette volonté de chercher, dans les sciences humaines, comme dans les sciences dites dures, une réponse aux questions de notre place dans l’univers et au sens de notre vie.
Nous avons commencé notre propos avec Marc Aurèle, une des plus belles âmes du Stoïcisme Impérial ; la sentence majeure de cette philosophie étant que « l’homme est un univers en tout petit » « Ô ánthrôpos microcosmos ». Il était normal que nous nous interrogions sur l’homme et sur l’univers dans lequel il est immergé. C’est ce qui nous a été proposé par la direction de l’enseignement catholique du Vaucluse.
Rejoindre deux infinis au centre duquel le christ éclaire les espaces insondables et incommensurables de l’homme et du cosmos. Une rencontre d’immensité dont les disciplines scientifiques éclairent la métaphysique au cœur d’une pensée humaine pourtant limitée, comme le dit Kant, dans ses domaines essentiels de la connaissance, les sens et l’entendement.
Au-delà de ce double écueil kantien, regardons du côté du génie de Blaise Pascal pour voir l’horizon des infinis se dessiner comme une possible connaissance de la raison humaine.
Les intervenants qui se sont succédés tout au long de notre formation avaient au cœur et à l’esprit de nous faire partager cette interrogation essentielle, fondamentale, « La présence d’un dieu qui se cache».
Présence et absence dans un même mouvement de recherche, l’invisible pourtant présent, mystère incompréhensible et pourtant connaissable. Le Christ. Folie pour les grecs, scandale pour les Juifs in Paul 1 Corenthiens 22-25.
La DDEC du Vaucluse nous a proposé cette folie et ce scandale, le Christ. Ce fut une grâce.
Présence d’un dieu qui se cache, c’est à la foi présence et absence, c’est accepter aussi cet état de semi-obscurité.
C’est donc refuser de nier dieu comme le fait l’athée, mais c’est aussi refuser de s’en remettre à un fidéisme aveugle. La voie de Pascal ne sera ni l’athéisme, ne le fidéisme ; elle sera par toutes les voies de l’intelligence humaine la recherche du dieu caché.
Dans une grande âme tout est grand, et le vide qu’elle ressent l’est tout autant, avec Pascal nous nous découvrons dans un désert, ce désert c’est l’univers et souvent aussi le cœur des hommes.
Or, ce dernier est habité par la présence de la vie et cette vie est en expansion perpétuelle par le don du dieu vivant dans un univers contingent. Cependant, les méthodes de raisonnement et les critères de vérité et de certitude propres aux mathématiques ne conviennent pas à l’étude de l’homme.
Merci à la DDEC du Vaucluse d’avoir proposé une approche multiple et critique de l’homme et de l’univers dans lequel il est immergé.
« La philosophie, dit Saint Augustin, est servante de la théologie ». La DDEC nous a proposé cette approche multiple au croisement de l’anthropologie, des sciences humaines (ce qui est dire la même chose…) de la science et de la philosophie.
Quelle joie avons-nous eu de suivre l’enseignement d’un père Lazariste dont l’érudition et l’humour a conduit nos esprits sur les chemins d’une foi, dussions-nous le penser ainsi, qui n’est pas déconnectée de sa faculté rationnelle et cognitive.
Or, pour l’homme la vérité est kaléidoscopique, mais c’est toujours à la lumière de l’«Un» que la raison humaine s’illumine. Par le don et la grâce.
Nous remercions la DDEC d’avoir entendu la soif qu’ont les hommes de la source divine. Le Christ comme rencontre d’immensité. Notre finitude plongée dans l’infini de Dieu.
Le temps des hommes qui visitent l’éternité ; l’éternité du Christ qui s’invite dans l’espace de l’humanité.
Merci pour cette rencontre d’immensité, car l’homme est produit pour l’infinité. Cet homme tiré du néant et porté jusqu’à l’infini.

*Critique de la raison pure, « je devais donc supprimer le savoir, pour trouver une place pour la foi » ici « supprimer le savoir » veut dire : refuser le statut de la connaissance aux énoncés concernant l’existence ou la non existence de Dieu, l’immortalité de l’âme, la possibilité ou l’impossibilité de l’acte libre.

Philippe CHIRON

Professeur de Lettres et Philosophie , Lycée Vincent de Paul Avignon

Un grand « MERCI » à la direction diocésaine de Vaucluse d’avoir organisé ce Parcours Spécifique de l’Enseignement Catholique qui m’a permis de bousculer un peu mes convictions. Tout être humain devrait les questionner, explorer leurs sources et parfois les remettre en question surtout dans notre métier où nous transmettons des savoirs. Nous devons régulièrement nous former pour développer et faire évoluer les compétences indispensables à notre profession tout en ayant un questionnement sur le sens d’enseigner et d’éduquer. C’est à ce niveau que cette formation spécifique prend tout son sens.
Au cours de ces quatre sessions (Anthropologie Chrétienne, Christologie, Statut de l’Enseignement Catholique et Ecclésiologie), les différents intervenants ont partagé avec nous leurs expériences, des idées, des textes et nous ont proposé des pistes, des clés ou des chemins à suivre sans jamais les imposer. Libre à nous ensuite de réfléchir sur qui nous sommes, quel est notre rôle, notre mission et d’orienter nos actions dans une direction plutôt qu’une autre. Un « joli » équilibre peut émerger de la confrontation entre ces propositions et nos convictions.
Dans une société qui perd ses références chrétiennes, nous devons en tant qu’enseignant d’un établissement catholique accompagner les enfants dans leur relation au Christ. Nous oublions un peu trop souvent l’essence même de notre mission dans la complexité de l’école actuelle. Nous avons choisi l’enseignement catholique, pour différentes raisons mais c’est un choix réfléchi et nous devons naturellement porter et transmettre ses valeurs pédagogiques, éducatives et spirituelles.
Ces journées d’écoute, d’échange et de partage ou tout simplement de « rappel » m’ont permis de renouveler ou de réajuster certaines choses et m’ont montré une nouvelle façon d’envisager mon engagement.
Il est de notre responsabilité, d’accompagner chaque enfant avec bienveillance dans ses apprentissages, en respectant sa dignité et en lui permettant de grandir dans la Foi à l’annonce de l’Évangile. C’est en favorisant son épanouissement intellectuel et humain qu’il peut alors acquérir les compétences et outils nécessaires pour évoluer dans le monde qui l’entoure. Un chemin pas toujours facile à tracer pour nous enseignant et parfois difficile à suivre pour nos élèves et sur lequel certains peuvent s’égarer. C’est pourtant là que se jouent bien des choses !
Ces quatre journées de formation ont répondu à beaucoup de mes questions. Elles ont conforté certaines de mes certitudes, en ont bousculé d’autres et dérangé le confort dans lequel je m’étais établi ! Elles ont été très enrichissantes sur le plan spirituel mais aussi pédagogique et humain. C’est une chance qui nous a été donnée de vivre ces moments là tous ensemble. J’ai fait de belles rencontres, j’ai beaucoup appris et partagé avec les différents intervenants et participants, des liens se sont tissés. On a pu échanger sur nos expériences, nos espoirs, nos échecs, nos réussites ou nos projets, dans le respect de chacun. Je me suis remise en question, j’ai changé ou adapté certaines choses dans ma classe dès la première session et le résultat avec les enfants n’a pas tardé à porter ses fruits, c’est spectaculaire !
Une formation de cette qualité avec des interventions aussi « riches » devrait être proposée à tous les enseignants.

Valérie VERNAT

Professeur des Ecoles , Ecole La Salle Charles Péguy AVIGNON